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conservatisme.jpg (4526 octets) FUTUR...
Voyage dans le conservatisme américain

Chapitre 2 : CURE DE MINCEUR POUR ÉTAT OBÈSE.

Par Daniel Rabourdin

Laisser plus de liberté de vivre aux gens, c'est en grande partie leur laisser plus de mouvement. C'est aussi leur laisser plus d'énergie, donc leur laisser une plus grande partie du fruit de leur travail. Et réduire ainsi les taxes énormes qui amputent leur salaires ...

Mais réduire les impôts, c'est nécessairement aussi réduire les activités du gouvernement. Car si l'on veut réduire ses entrées d'argent, il faut réduire ses sorties, ses dépenses. Cela veut dire réduire les programmes gouvernementaux, laisser alors à la nation réelle l'occasion de reprendre l'initiative que lui avait été confisquée.

Il y faut du courage de la part des hommes politiques, de la maturité de la part de la population, et quelque astuce pour gérer la transformation.

Outre-Atlantique, la chasse aux programmes gouvernementaux est de la sorte ouverte, aux programmes redondants s'entend bien. Les conservateurs réduisent la place de l'État, compriment les effectifs et réduisent les dépenses. On appelle cela décentralisation, involution ou rétrécissement.

"Il existe deux bouts par lesquels on peut diminuer l'État" explique Grover Norquist, patron du lobby American for Tax Reform: "en réduisant ses moyens (les impôts) ou en réduisant ses activités".

Sur les trottoirs de Washington ce lobbyiste nouvelle formule, se hâte après avoir livré une déclaration à la presse. Au passage il ramasse et fourre dans une poubelle une "canette" d'aluminium. "Et pour retrouver une vie sans Trop d'État, il faut retrouver une vie avec plus "d'hommes". Si l'on veut moins de fonctionnaires pour balayer les rues, il faut plus de gens propres pour ne pas les salir" .

La logique de prolifération du Tout-État.

L'étape la plus importante dans l'arrêt mis à la prolifération de l'État est probablement d'abord culturelle. C'est une prise de conscience de l'expansion quasi-biologique de cet organe.

Cette expansion n'est nulle part mieux exprimée en Amérique que dans les éditoriaux de Grover Norquist.

"Les États-Unis ont une population d'à peu près 260 millions d'habitants".

"Si le gouvernement prend un dollar à chacun d'entre eux, ça ne leur manquera pas. Surtout si les politiciens leur disent que c'est pour une bonne cause, comme l'aide aux artistes. Dès lors, Washington (penser Paris) peut distribuer 260 millions de dollars à ceux qui vont devenir ses amis. Grâce à $1 dollar prélevé à 260 millions d'Américains, des gros lots de $100 000 peuvent ainsi être délivrés à 2 600 supporters dès lors du Tout-État.

Puisque ce programme gouvernemental ne coûte qu'un dollar à chaque citoyen, il ne vaut pas la peine d'écrire une lettre de protestation qui coûterait 32 cents en timbre.

Mais pour les 2 600 favoris du pouvoir, défendre ce valeureux programme d'importance nationale est une activité qui vaut la peine d'être menée 24 heures sur 24. Il vaut la peine de se rendre à Washington pour rencontrer personnellement les politiciens et les soutenir... Et de leur côté, les politiciens se disent que ces 2 600 nouveaux "amis" pourraient bien leur redonner $1000 de leurs $100 000 sous forme de contributions de campagne politique."

"A la fin de l'année" continue Grover "les politiciens auront reçu les chèques des 2 600 bénéficiaires qui pensent que ce programme est très important pour la nation. Les mêmes membres du Congrès n'auront pas entendu une seule critique de la part des contribuables contre le programme.

Un premier lobby de la cause du Tout-État aura ainsi été créé. Le premier tourbillon du cercle vicieux s'enclenchera, la prolifération du Tout État aura été réalisée par une stratégie qui consiste d'abord à diluer les coûts sur l'ensemble de la population ensuite à concentrer les bénéfices sur une petite partie de la population."

Quelques mois plus tard, d'ailleurs, les 2 600 bénéficiaires formeront une association et ouvriront un bureau à Washington pour faciliter leurs contacts avec le Congrès. Ils publieront une lettre interne. Ils embaucheront un attaché de presse afin que les télévisions et les journaux reçoivent régulièrement des informations relatives aux bienfaits de leur programme.

Les stars de la télévision seront invitées à parler à la conférence annuelle de l'association. Elles pourraient même recevoir à cette occasion une enveloppe de dédommagement. Rien de cela n'influencera la fonction médiatique de leur entreprise d'information, bien entendu... Mais dans les réceptions de Georgetown, des rédacteurs sophistiqués et des producteurs de télévision partageront des cocktails avec les représentants des 2 600 bénéficiaires. Et ils ne rencontreront toujours pas les représentants des contribuables qui pourraient poser des questions embarrassantes."

L'un des principes de sagesse politique que Grover Norquist répand dans ses communiqués est donc celui-ci:

"Regardez d'où viennent les salaires, vous comprendrez de quel côté sont les gens. Si leur emploi est directement ou indirectement fourni par l'État, même dans les cas où leur salaire vient du privé mais où l'industrie qui les paie est protégée dans un quasi monopole par l'État, ils seront devenus tributaires du "big Brother". A moins d'être capables d'actes désintéressés ce qui est rare par nature, ils prendront toujours parti pour le plus d'État."

L'étape la plus importante dans l'arrêt mis à la prolifération de l'État est probablement d'abord culturelle. C'est une prise de conscience de l'expansion quasi-biologique de cet organe.

Cette expansion n'est nulle part mieux exprimée en Amérique que dans les éditoriaux de Grover Norquist:

"La stratégie d'expansion du Tout-État marchera remarquablement bien tant qu'il n'y aura pas trop de programmes. Cinq programmes ne coûteront que 5 dollars à chaque Américain. et c'est encore très raisonnable. Une centaine de programmes feraient grimper les taxes de chaque citoyen de cent nouveaux dollars, toujours insuffisant pour justifier une opposition.

De plus, les politiciens pourront camoufler les impôts supplémentaires en imposant non plus les individus mais les entreprises. Ce seront toujours les citoyens qui paieront (les produits deviendront plus chers et les emplois moins bien rémunérés) mais les citoyens ne distingueront plus que l'État est celui qui prend l'argent."

Grover Norquist remarque:

"Aujourd'hui, les citoyens des pays occidentaux ont plus d'argent pris dans leur poche pour soutenir l'État que d'argent dépensé à la fois dans leur alimentation, dans leur logement et dans leur vêtement. Pour la première fois dans l'histoire de la civilisation occidentale, il y a plus de gens qui travaillent pour le gouvernement en Amérique (18,7 millions) que de gens qui travaillent pour toutes les entreprises de manufacture (18,1 millions)".

On peut imaginer à quel point la situation est plus grave en France lorsqu'on sait que le Tout État Américain absorbe 30% de la richesse de son pays alors que le Tout État Français en absorbe 65%.

(dans son livre "La République Fromagère", Michel de Ponçins démonte, boulon après boulon, les rouages de l'institution en France).

Pour entretenir son gouvernement, qu'il le veuille ou non, le peuple Américain passe une incroyable partie de son temps à travailler pour lui. La Tax Foundation, une autre association de citoyens, met en relief ce fardeau à travers son ingénieuse déclaration du "Jour de Libération de l'Impôt". Il s'agit du jour dans l'année où chaque citoyen cesse de travailler pour entretenir l'État et se met enfin à gagner de l'argent pour lui-même ... En 1993, ce jour tomba le 7 mai. Les Américains consacrent donc toutes leurs heures de travail, toutes leurs heures de transport, tous leurs soucis professionnels, du 1er janvier au 7 mai, pendant 4 mois, donc, à travailler pour payer les travaux, salaires et équipements des fonctionnaires (qui, comme tout le monde le sait, leur en sont reconnaissants). Ceux qui travaillent le plus longtemps pour l'État en Amérique (car il y a aussi les impôts locaux) sont les New Yorkais: jusqu'au 22 mai. Les habitants du Dakota du Sud, par contre, sont les plus chanceux: ils sont "libérés" le 15 avril!

L'injustice est encore aggravée par le fait que les organismes Étatiques initient des campagnes pour prouver aux citoyens combien ils sont bénéfiques à la population.

Michel de Ponçins remarque dans son livre qu'un Conseiller Régional en France brûle des sommes considérables à faire valoir son utilité auprès de la population qu'il est sensé servir. Un Directeur de Cabinet de député révèle de la sorte consacrer les deux tiers de son travail à chanter la gloire de son patron. Or, le budget de ce cabinet est de vingt millions de francs. Ce sont donc à peu près 12 millions de francs (pris rappelons-le aux Français) qui ne servent pas à la communauté mais à glorifier le Conseiller Régional lui-même. "Comme il y a 1300 Conseillers Régionaux en France, les calculs font penser que le total des dépenses en ce domaine approche les 3 milliards de Francs".

Chérie, j'ai rétréci l'État!

Dans l'esprit des citoyens Américain, peu à peu, la lumière se fait. Ils commencent à percevoir le scandale: l'argent que les politiciens manipulent à leur profit, cet argent ... c'est le leur ! L'argent public n'existe pas, il n'y a qu'un argent gagné à force de travail par des hommes et des femmes et pris de force ensuite par l'État. Ces hommes et ces femmes devraient être libres, quand ils le veulent, de réduire les sommes d'argent qu'ils laissent aux politiciens: "De quel droit, disent-ils, les politiciens peuvent-ils entretenir leur image de marque avec les deniers des citoyens?"

Même les médias commencent à voir clair. De plus en plus, ils remplacent le terme injuste et faux "argent public" par "argent du contribuable", incomparablement plus honnête.

Si une erreur commise par un employé gouvernemental cause préjudice à un citoyen (le choix d'un produit de construction causant, par exemple, le cancer d'un ouvrier), si cet ouvrier poursuit l'État pour être dédommagé, et si l'ouvrier est dédommagé, les médias rappellent maintenant qu'il n'est pas dédommagé avec l'argent de l'agent gouvernemental fautif. Il l'est avec "l'argent du contribuable" qui lui est innocent.

Et comme le coupable n'est pas puni, il fait figure d'exemple pour d'autres "responsables mais pas coupables" qui seront encore moins vigilants dans l'avenir.

D'autres exemples sont donnés à la télévision Américaine. Une fête est-elle donnée par un homme politique? Les journalistes relèvent que ce sont les participants qui ont payé leurs repas et non les citoyens imposés.

Les criminels en prison ont-ils la télévision couleur ? On calcule combien cela coûte aux contribuables y compris à ceux qui n'ont chez eux que le noir et blanc.

"État anti-entreprise, entrepreneurs n'entrez pas"

Mais la plus grande nouveauté sociale, aujourd'hui, c'est qu'une majorité de la population Américaine est prête au sacrifice. 47% de la population contre 36% est en faveur d'un budget équilibré au prix d'une diminution des aides sociales et des aides à l'agriculture (Time/CNN mai 95).

Même si, plus tard, la pilule est dure à passer, cette bonne volonté de départ est encourageante.

Les Américains en prennent conscience: le budget fédéral, c'est à dire le budget de tous, est dans le rouge. La dette nationale est si grave que chaque enfant, chaque femme, chaque homme d'Amérique voit son avenir hypothéqué d'une dette de 90 000 F.

Le vent tourne donc, et les politiciens s'aperçoivent qu'appeler à la responsabilité est soudain devenu payant.

Time , le magazine, a enquêté dans une ville typique de l'Amérique moyenne: Fargo dans le Dakota. Les habitants apprirent un jour l'attribution par Washington à leur ville de 46 millions de dollars. Les hauts fonctionnaires voulaient construire un nouveau palais de justice. La nouvelle était à peine connue que les habitants de Fargo réagirent d'une façon inattendue: ils firent tout pour que le projet avorte.

A force de pression auprès des politiciens locaux, le nouveau palais ne vit pas le jour, et l'establishment local doit se contenter de rester dans l'humble et ancien palais...

Larry Akers, contremaître à Fargo, est de ceux qui se sont décidés à ne plus recevoir en profiteurs les subsides gouvernementaux: "Jusqu'à présent, nous avons emprunté sur l'avenir de nos petits enfants, il faut que cela cesse. Bien sûr, cela fera un peu mal ... !"

Autre exemple courageux: un membre de la chambre du Commerce de Arree (Floride) s'est engagé publiquement contre la construction par sa mairie d'un hôtel de tourisme. Dans le journal "Tampa-Tribune-Times", Harry Teasler a fait publier un chèque plus grand que nature en légende duquel on lisait: "Jeudi 27 octobre, le conseil municipal s'apprête à signer un chèque de 144 millions de dollars pour bâtir un hôtel. Ce chèque sera tiré sur votre compte". Quelques mois plus tard, sous la pression populaire, le conseil municipal abandonnait ses rêves d'hôtellerie ...

Un peu plus tôt dans cette saga (mais c'est aujourd'hui que les résultats s'en font sentir) un groupe d'entrepreneurs explose de frustration. Dans les années 80, l'establishment du Wisconsin fait preuve d'un mépris remarquable à l'égard des créateurs d'entreprise. Pour exprimer leur frustration, les entrepreneurs publient dans le Wall Street Journal une page déconseillant à toute entreprise de s'établir dans le dit État.

Tommy Thompson, qui n'est alors qu'administrateur public mais qui va bientôt devenir le Gouverneur, se rappelle les panneaux bordant l'autoroute: "État anti-entreprise, n'entrez pas. Que la dernière compagnie quittant les lieux éteigne la lumière en partant".

C'est un peu pour cela que lorsque Tommy Thompson devient gouverneur, il installe dans son bureau un stylo en carton de deux mètres de haut. L'objet symbolise sa promesse de veto à tout nouvel impôt. Avec lui, les taxes sur l'entreprise sont réduites de 40% ... et le Wisconsin gagne un demi-million d'emplois ! Pendant la même période, la plupart des autres États, eux, en perdent justement un demi-million... En réduisant les taxes, Thompson instaure un climat propice à l'entreprise et donc à l'emploi.

Comment simplifier la vie et créer des emplois

Dans une analyse couvrant les 60 dernières années, l'économiste Richard Vedder observe que les États Américains où les impôts sont élevées n'ont pas progressé économiquement autant que les États où les impôts sont bas. Au cours des dix dernières années, les 10 États aux taxes les plus élevées ont en fait perdu chacun 200 000 emplois. Au contraire, les 10 États aux taxes les plus basses en ont gagné un million en moyenne...

Les impôts, explique Richard Vedder, sont un obstacle à la croissance économique pour trois raisons:

· Premièrement, ils laissent moins de capital disponible aux investisseurs dans la création d'entreprises,

· Deuxièmement, ils laissent moins d'argent aux consommateurs dans l'achat des produits de ces entreprises,

· Troisièmement, ils découragent les hommes en ce que plus ils travaillent, plus ils sont imposés.

Quelle tactique adopter à présent ?

La culture "anti-trop-d'impôt" se concocte d'abord dans les catacombes culturelles, au sein des médias alternatifs. Des télécopies circulent lancés par des activistes qui mènent leurs campagnes depuis leurs cuisines. Dans leurs régions, ils donnent régulièrement les noms de ceux, à Washington, qui votent de nouveaux impôts. Ainsi, il n'y a ainsi plus d'anonymat, chaque politicien est responsable de son vote.

Il n'y a pas de perte d'information non plus, les citoyens tiennent leurs cahiers à jour et partagent leurs informations grâce à tous les nouveaux moyens de communication.

Ces citoyens forment la saine opposition aux lobbies du Tout-État qui ne se privent pas de faire valoir leur "utilité" (sic) grâce à l'argent des citoyens eux-mêmes. Puisque ces lobbies gouvernementaux ne se gènent pas pour faire pencher la balance à leur avantage, il faut alors d'autres forces pour remettre l'État à sa place.

Cette prise de conscience touche même les municipalités. C'est peut-être même là que le "rétrécissement" du tout-État est le plus avancé. C'est là, en fait, que sont testées avec le plus de réalisme les initiatives de libération économique qui remontent bientôt aux États puis à Washington et déborderont un jour sur d'autres pays...

Les deux plus grandes mégapoles du pays, ce n'est pas un hasard, se sont données des maires Républicains. Rudolph Giuliani à New-York et Richard Riordan à Los Angeles.

Ce sont les premiers hommes anti-Tout-État que les deux villes se soient données depuis 30 ans. On remarque au passage qu'une gigantesque part de la mauvaise image de marque de l'Amérique en matière de violence et de sans foyers vient de ces deux villes aux mairies gauchistes depuis 30 ans. Le changement est donc important.

Deux autres très grandes villes, Dallas au Texas et San Diego en Californie ont fait de même. Leurs maires s'appellent Steve Darlett et Susan Golding.

"Robomaire Goldsmith" remet sa commune sur le libre marché.

Le maître de l'involution en bureaucratie urbaine est encore le maire d'Indianapolis. Un journaliste local a même surnommé Stephen Goldsmith "Robomaire"... Ç'en est au point que des administrateurs publics du pays entier se rendent par centaines dans sa mairie en "stage de rétrécissement de services !"

Lorsque, donc, Stephen Goldsmith arrive à la mairie d'Indianapolis, il a la volonté de privatiser "coûte que coûte". Tout le monde s'attend au bain de sang. Mais le maire a traité les employés avec respect:

"Le problème" explique-t-il "ce ne sont pas les hommes au statut de fonctionnaire, le problème c'est le système dans lequel ils travaillent. Ils sont emprisonnés dans une structure qui punit l'initiative, ignore l'efficacité et récompense le gâchis".

Au lieu de vendre les services municipaux, Goldsmith les plonge dans la libre concurrence: s'ils veulent conserver leurs activités, ils doivent entrer en compétition avec les entreprises privées sur les mêmes activités ... Pour les employés municipaux, il s'agit de travailler mieux ou moins cher ce qui n'est pas bien sorcier puisque le reste de l'humanité le fait depuis toujours...

Selon un procédé qu'il s'amuse à nommer la "marketisation", la mise en concurrence, le maire d'Indianapolis pose régulièrement aux directeurs de ses services une question curieuse pour ces gens.

A ceux de la voirie, il demande combien coûte la réparation d'un nid de poule, d'un seul malheureux nid de poule. Au début, les administrateurs ont donné leur langue au chat. Ils savaient combien de millions on leur donnait (que les citoyens leur donnaient...) mais ils ignoraient la valeur de ce qu'ils fournissaient en retour.

"Quand les administrateurs se mettent à calculer leurs coûts par activités" explique le maire, "des tas de choses merveilleuses se produisent. Car lorsqu'ils ont la réponse, les chefs de services sont capables de les comparer aux coûts des services de l'économie libre.

Ils sont alors incités à être plus sobres dans leur gestion".

Réveillés par la concurrence, les ouvriers de la voirie ont exigé d'eux-mêmes de passer d'équipes de 8 travailleurs et deux camions à 4 employés et 1 seul véhicule... Le travail effectué était le même! Mieux encore, lorsqu'ils réalisent l'inutilité de la plupart des administrateurs de leur service, ils réclament l'élimination de leurs postes!

Désormais, à Indianapolis, 60 départements sont ouverts au marché. Chaque année, pour le seul ramassage des poubelles, les citadins de l'agglomération économisent 15 millions de dollars soit plus de 90 millions de francs ...

Les maires Américains de gauche vantent le libre-marché

On trouve même des maires Démocrates pour vanter le libre marché. Michael White à Cleveland est un "born again" (un nouveau-né) dans le genre:

"Rendez-vous compte," s'exclame-t-il dans ses discours, "il y a dans cette ville 8000 employés municipaux pour seulement 500 000 habitants. Il faut bien que quelqu'un défende les habitants. Après tout, ce sont eux qui payent".

En janvier 1995, White entreprend de la sorte, de privatiser le palais des Congrès, le golf municipal et l'entretien des routes... Les syndicats, bien sûr, ripostent par la grève.

Mais le maire tient bon, et il prend la population à témoin:

"Le lobby du secteur public avait répandu la rumeur selon laquelle j'étais un "Sans Coeur". Mais depuis mon élection, j'avais communiqué deux idées: notre ville est sur la paille et les employés municipaux bénéficient de privilèges supérieurs à tout le monde. Les électeurs ont compris".

En tout et pour tout, la grève ne dure que 16 heures car le soutient dans la population est nul. Lorsque les fonctionnaires reviennent à la table des négociations, White obtient deux ans de gel des salaires, la réduction des vacances et un assouplissement des heures de travail. A l'issue de l'épreuve de force, 81% de la population apporte son soutien au maire, 24 départements de la mairie sont séparés de leurs monopoles et le coût des services municipaux chute de l'incroyable pourcentage de 45%...

Michael White a mis en pratique tous les points développés plus haut: le ras le bol des citoyens, la révolte contre les abus de l'establishment et surtout, la justification morale.

Une supermajorité pour tout nouvel impôt.

Aujourd'hui, les Américains poursuivent le régime minceur à un niveau supérieur, celui des États. Ils le font là aussi selon la nouvelle formule démocratique: par la pression venue de la population.

Dès 1969, James Dale Davidson fonde la National Taxpayers Union pour protéger les contribuables. Depuis, des centaines d'autres associations de contribuables ont vu le jour.

En 1978, Howard Jarvis utilise un processus d'initiative populaire pour faire avancer en Californie la "Proposition 13". Il s'agit d'un amendement à la constitution qui doit diminuer de moitié les taxes sur la propriété. Un article très important de cet amendement stipule que toute augmentation future, pour être acceptée, nécessitera plus qu'une simple majorité des législateurs. Il faudra les deux tiers des voix pour décider d'une augmentation des impôts. Une super majorité en quelque sorte.

La Proposition 13, bien entendu, est violemment contestée par le gouverneur Démocrate Jerry Brown, et par l'ensemble de l'Establishment aussi. Des individus qui, bien entendu, tirent tous leurs revenus des taxes en question...

Des grandes entreprises s'y opposent aussi, ce sont celles qui sont favorisées dans les marchés publics par les autorités. Aucune ne soutient plus Jarvis. Et pourtant, malgré l'opposition de tous ces privilégiés en position de force, la Proposition 13 est adoptée. Les Californiens votent à 64,8% la diminution de moitié des taxes sur la propriété !

Inspirés par cette victoire, d'autres États organisent leurs propres référendums. Dans le Massachusetts la "Proposition Deux" qui est la soeur jumelle de la "Proposition 13" de Californie passe dans un raz de marée à deux voix contre une.

Même chose en Idaho: les citoyens reprennent la Proposition 13 de Californie, effacent le mot Californie et tapent Idaho à la place. Ils l'emportent facilement.

Dans le Colorado, c'est sous un autre angle qu'une initiative force l'État à "perdre du gras" ... Douglas Bruce, un entrepreneur, lance le projet "Amendement One". C'est un régime minceur qui n'accepte de remplir un peu plus l'assiette de l'État que s'il y a inflation ou croissance de la population.

Pourquoi n'y a-t-on pas pensé plus tôt ? Tout nouvel impôt nécessitera l'approbation des électeurs par référendum. Mieux encore: s'il arrive que les revenus des impôts dépassent la croissance générale, le surplus doit être reversé aux citoyens. Bien entendu !

Acculé, l'establishment devient méchant. Un opposant à l'initiative compare Bruce à "un terroriste qui n'hésiterait pas à lâcher une grenade dans une cour de récréation". Bruce répond par l'humour et fait inscrire sur sa carte de visite "Terroriste"... "La question fondamentale, résume-t-il, c'est de savoir qui décide de l'ampleur du gouvernement. Les gens qui payent pour son maintien, ou les politiciens qui en vivent?".

Bien sûr, avant le référendum de Bruce, le corps de l'État met dans la balance tout ce qu'il compte de troupes entretenues par le gouvernement: les instituteurs, les facteurs et même les contractuelles. Et pourtant, malgré les insultes publiques, malgré la pression des grèves, malgré le peu d'aides financières, l'Amendement One passe avec 54% des voix des citoyens.

L'épopée n'est pas finie. Quelques temps après le vote, les employés du secteur public du Colorado osent encore réclamer 34 différentes augmentations de salaire. Trois seulement sont acceptées... Mais comme 13 des services de fonctionnaires ne se sont jamais fait remarquer par leur efficacité, ils sont du coup mis en vente...

"L'administration a compris une chose", se réjouit Douglas, "elle a compris que le patron c'est nous, la population. Elle sait maintenant qu'elle n'obtiendra plus d'augmentation à moins de nous respecter comme de vrais clients". Parole de terroriste !

Mouvement pour la défense du contribuable.

Aujourd'hui, le mouvement pour la défense du contribuable en Amérique a atteint l'âge mûr. Des douzaines d'initiatives populaires similaires à la Proposition 13 poursuivent actuellement leur processus juridique dans 24 États.

Les associations de citoyens contre le trop d'impôt prennent une ampleur impressionnante. Quand, sous Clinton, de nouvelles lois très "écolo" font baisser en flèche le prix de certains terrains, plus de 500 associations se constituent. La seule alliance People for the New West aligne 30 000 membres suréquipés en fax et courriers électroniques qui ne cessent de se faire connaître à l'opinion publique.

Grâce ces nouvelles techniques, des individus jusqu'à présent isolés prennent la parole. Ils font enfin le poids face au secteur public qui a depuis longtemps quant lui le loisir de défendre son cas sur les panneaux publicitaires de la région avec l'argent des citoyens eux-mêmes.

On commence même à voir des administrateurs locaux se ranger du côté des citoyens !

Le 4 juillet 1995, Richard Carver, commissaire dans le Nevada, ouvre au bulldozer une route fermée par l'État fédéral pour raison de parc national (pour raison "écologique" des petits propriétaires ne pouvaient plus accéder à leurs terrains en voiture). Et lorsque les Rangers essaient d'arrêter le poids lourd de l'administrateur local, il leur colle une amende!

Le serment de protection de l'imposé

Americans for Tax Reform, une formidable association de citoyens qui travaille en liaison avec 800 groupes disséminés sur le territoire est devenu l'un des piliers de la renaissance populaire. Son directeur, Grover Norquist, pourrait être défini comme l'un des nouveaux généraux politiques de ce temps. Par ses méthodes et ses techniques, il met en pratique la démocratie telle qu'elle a l'air de se dessiner: des groupes de citoyens mobilisés maîtrisent la télécommande qui garde le contrôle sur les politiciens.

Jim Lucier, son directeur de recherche, évoque le sort des politiciens, même conservateurs, qui pourraient voter de nouvelles taxes: "Grover fera pression sur leurs bienfaiteurs ou les dénoncera à l'opinion, il leur rendra la vie impossible".

Grover est un battant. Voici comme il perçoit sa mission: "Pendant la guerre froide, nos forces conservatrices ont concentré leurs efforts sur l'Union Soviétique. Elles ont gagné. Mais c'était une guerre à l'extérieur. Maintenant, c'est au tour de la guerre sur le terrain intérieur".

A tous les candidats politiques, Grover demande de la sorte de signer la promesse de s'opposer dans le futur à toute augmentations d'impôts: le "Serment de Protection du contribuable".

Depuis l'arrivée au Congrès d'une majorité Républicaine en 1994, 187 représentants et 29 sénateurs ont signé ce serment .

 

"SERMENT DE PROTECTION DU CITOYEN IMPOSÉ"

 

Moi, Sénateur ..... , promets aux contribuables et

au peuple Américain de m'opposer à toute augmentation

de l'impôt sur le revenu et sur l'entreprise.

Signature:

 

Signature du témoin:

 

Americans For Tax Reform

Combattre le trop d'impôt est ainsi devenu un thème électoral primordial, un ticket gagnant. Alors que dans le passé, les gouverneurs se vantaient de "ramener au pays" l'argent de Washington, aujourd'hui ils sont fiers d'être sobres. Ils promettent moins de taxes, donc moins de gouvernement, donc plus de croissance, plus d'emplois, plus de vie et plus de bonheur.

Dans le New-Jersey, lors des élections de 1992, le Sénateur Démocrate Herbert Klein et son challenger Républicain Bill Martini redoublèrent d'ardeur pour être celui qui mettrait à mort avec le plus d'éclat un projet de tunnel financé par Washington. Bill Martini déclarait ainsi aux médias: "Nous avons besoin d'un homme courageux pour dire à Washington: ce tunnel est une dépense inutile et nous n'en voulons pas".

Le premier gouverneur d'État à bénéficier de cette maturité politique fut Christine Whitman. En 1992, la néophyte s'engage dans la course au poste de gouverneur du New-Jersey. Elle se place sous l'étiquette républicaine. Mais à l'époque, elle n'a de droite que le nom. Quelques semaines avant les élections, les sondages la placent loin derrière son concurrent Jim Florio.

Et puis, finalement, elle affiche la différence, la seule clé de nos jours pour faire reculer le socialisme: diminuer les impôts de rien moins que de 30%. "Il n'y a qu'une façon de diminuer l'État" s'avance-t-elle à dire, "c'est de supprimer les prélèvements qu'il opère dans vos poches".

Et cela marche! En décembre, Christine Whitman est élue. Elle applique même la réduction promise avec tant d'ardeur qu'elle atteint son objectif en deux ans au lieu de trois. 78% de soutient dans la population jouent peut-être un rôle dans sa détermination... Pour tous les autres gouverneurs, elle est un symbole, et 30 des 50 gouverneurs depuis 1992 sont Républicains...

Un même Impôt à taux bas pour tout le monde.

Un projet intéressant revient régulièrement à la surface en Amérique. Il est mis en exergue par les campagne tonitruantes de Steve Forbes aux présidentielles. Le système d'imposition actuel, très complexe, serait remplacé par un impôt très bas et très simple, d'un même pourcentage pour tout le monde. Tous les bénéfices (individuels ou d'entreprises) seraient taxés aux alentours de 19%. Afin de protéger les pauvres, une exemption serait accordée pour les foyers touchant moins de 180 000 F par an. Il n'y aurait pas d'imposition à répétition (une fois à la perception d'un salaire et une deuxième fois à la perception sur les dividendes de cet argent investi). Il n'existerait plus aucune exemption d'aucune sorte. Au total, la déclaration d'impôt tiendrait au dos d'une carte postale... Autant d'économie encore en matière de contrôleurs d'impôt.

En éliminant la double taxation de l'argent, le système donnerait un coup de fouet à l'investissement et à la croissance économique. Grâce au traitement favorable des investissements, l'économie fleurirait et le nombre des sommes d'argent taxées croîtrait aussi permettant à l'État de collecter finalement autant sinon plus d'impôts.

Le projet a aussi l'avantage de freiner toute future tentative d'accroissement du Tout État. Car bien entendu, l'establishment préfère un système complexe qui permet de ne pas imposer tout le monde en même temps pour ne pas rencontrer une opposition massive. Il préfère imposer différemment les divers segments de la population et prélever les impôts à des moments espacés. De cette façon aussi, le système de division de classes, de haine des classes, fait merveille: "c'est l'autre qui paye".

La "flat tax" au contraire traite tous les citoyens également. Si, plus tard, les impôts augmentent, ils le font pour tout le monde en même temps, la population s'en aperçoit et peut s'y opposer.

Réaliser le non-sens d'une industrie et changer d'activité pour le bien de tous.

Un autre projet est dans le vent: former une force qui réexaminera tous les deux ans le bien fondé des aides gouvernementales. Car si ce sont réellement des aides, elles doivent un jour atteindre leur objectif puis cesser. Si, après deux ans, elles persistent, c'est que l'activité de base des individus, entreprises ou secteurs d'activité ne sont pas viables. Au lieu de conforter les gens dans cette activité, il faut qu'ils réalisent le non-sens de leur activité et changer de projet.

Autre petite merveille: il est prévu de déterminer le coût pour la communauté de toute nouvelle réglementation. Pour la première fois, seraient à l'avance calculés et révélés le coût de la rédaction des lois (salaires des fonctionnaires rédigeant ses lois, coût des recherches, salaires des fonctionnaires supposés administrer les futures lois, emploi de la justice pour imposer la loi, freins sur l'économie, emplois non créés à cause de la nouvelle loi, produits non commercialisés, ralentissement de la prospérité de la population etc).

La renaissance conservatrice qui s'opère procède ainsi d'une logique simple.

L'énergie d'une nation peut être absorbée par l'État... ou par la population. Si elle reste dans la population, elle est en général plus efficace, mieux répartie et plus productive (mis à part dans les fonctions qui concernent directement le bien commun comme la diplomatie, la justice et la sécurité). La question n'est donc plus de savoir comment l'État peut remplir ses tâches mais plutôt si ces tâches doivent bien être remplies par lui.

Le pays sans chômage.

Une fois l'État ramené à ses fonctions de base (justice, diplomatie, sécurité), une fois débouté des autres secteurs de la vie, il faut savoir redonner aux mécanismes naturels de solidarité toute leur place. Comment, dans le domaine de l'emploi le remplace-t-on?

Comment faire renaître une vraie solidarité?

En matière d'emploi en Amérique, on connaît d'abord l'excellente situation actuelle.

Le chômage y bat des records à la baisse en plongeant aux alentours de 4% de la population active. Pendant ce temps, il s'élève à 12% en France.

La chose s'explique, bien sûr, par une économie en meilleure santé mais aussi par des aides différentes aux sans emplois. Elles suivent depuis peu une politique radicalement différente de tout ce qui a été pratiqué ces dernières quarante années en Amérique et en France.

L'aide sociale doit n'être que l'ultime solution, quand tout a déjà été tenté.

C'est en observant ce qui marche dans le domaine des aides sociales en Amérique que l'on peut le mieux juger de ce qui aide vraiment les gens. L'expérience la plus nette a eu lieu dans l'État de Washington. Cinquante "communes" aux portraits sociologiques comparables ont été jumelées deux à deux pour comparer deux genres d'aides sociales.

La première, devenue classique en ce siècle, fut de continuer simplement à distribuer de l'argent aux nécessiteux.

La seconde, appelée Applicant Employment Services (IAES), plaça 30 jours durant les bénéficiaires dans un programme de recherche d'emploi. Ce n'est qu'après ce premier mois, que ceux qui n'avaient toujours pas trouvé d'emploi, ont bénéficié des aides pécuniaires.

Voici les premiers résultats: dans la région où l'aide continuait à être distribuée en espèce, 2% seulement des bénéficiaires trouvèrent un emploi.

Dans la région où l'aide ne vint qu'après un effort de la part des chômeurs, 15% avaient un emploi au bout d'un mois.

Selon Robert Rector, le succès du programme était dû à un message sous-jacent:

"L'aide sociale est la dernière des solutions. Tout le monde doit avant tout chercher à travailler".

Le message, ajoute le sociologue, semble même avoir eu un effet sur les participants restés dans le programme après le premier mois: 7% d'entre eux trouvèrent un emploi l'année suivante. Le nombre des réintégrés à la vie active représente de la sorte dans ce programme un cinquième du pool de départ"

Les bienfaits du Tough Love

Un projet social pilote, en Ohio, montre l'efficacité de ce qu'on appelle désormais en Amérique le "Tough Love" (l'amour exigeant). Dans cet État du Midwest, contre toute attente, l'accent n'est pas mis sur la recherche d'un emploi mais tout simplement sur le travail... Dès qu'ils mettent les pieds dans les bureaux de l'assistance sociale, les demandeurs d'aides se voient demander d'accomplir 40 heures de travail d'utilité commune par semaine. Avec un râteau, une scie, une serpe, ils nettoient le bas-côté des routes.

Peu de lecteurs seront étonnés alors d'apprendre que dans les 10 mois qui suivent, 43% d'entre eux ont trouvé un autre emploi.

Mais le plus efficace des programmes est peut-être celui mis en oeuvre en Utah.

Dans le cadre de l'Emergency Work Program (EWP), les participants doivent effectuer 40 heures d'activité par semaine: 32 sont consacrées à des travaux d'utilité publique, 8 à la recherche d'un emploi.

Le programme comporte une mesure particulièrement stricte pour les familles dont les deux parents sont au chômage: 61% d'entre elles doivent engager les deux époux. La discipline est sévère et faute de la respecter, 20% des participants doivent régulièrement quitter le programme.

Résultat: la durée moyenne du chômage des individus est de deux mois et demi seulement ...

Robert Rector tire la conclusion:

"La clé d'une réduction de la dépendance se trouve dans le renversement des gratifications. Si une personne au chômage gagne presqu'autant qu'une personne à l'emploi modeste, la gratification du travail est trop faible pour sortir du chômage. Mais si, par contre, l'aide sociale implique elle aussi un effort, alors les "avantages" de cette aide diminuent et ceux de l'emploi réel augmentent".

La meilleure réinsertion au travail: le travail

L'application du Tough Love (Amour Exigeant) en Amérique demande bien entendu un immense courage aux hommes politiques qui les proposent. Tous ceux qui ont essayé ont d'abord coulé dans les sondages. Mais une application immédiate des mesures a permis à ces politiciens courageux d'obtenir de bons résultats avant les élections suivantes... et d'être ainsi réélus.

John Engler, gouverneur du Michigan a ainsi supprimé l'assistance sociale à 80 000 individus valides:

"Au début, je ne pouvais pas me déplacer sans que les foules me huent. Mais il y a plus de bon sens chez l'homme de la rue que chez les lobbies de fonctionnaires. Monsieur "Tout Le Monde" sait qu'il est injuste de payer des individus à ne rien faire".

79% des personnes interrogées par l'institut de sondage Gallup en novembre 1991 estimaient d'ailleurs qu'un individu valide devrait travailler en échange d'une aide de la communauté.

"Quand les élections suivantes sont venues", explique John Engler, "j'ai obtenu la réélection républicaine la plus forte dans l'État depuis 1928."

Michael Kaus, de la fondation Reason, explique ce succès dans son livre "Fin de l'Egalitarisme":

"L'assistance sociale ne marche pas, la formation professionnelle ne marche pas, le travail contre assistance sociale lui-même ne marche pas très bien.

Finalement, il n'y a qu'une chose qui marche, c'est le travail lui même".

Le travail, bien entendu s'il y en a, c'est à dire si le gouvernement laisse l'économie libre de s'épanouir comme elle le veut et le doit.

Après un Siècle d'Assistanat, Retrouver du Coeur.

Plus urgent encore que la lutte contre le chômage en Amérique devons-nous citer l'élan des hommes dans l'aide aux plus démunis. Pour remplacer le Tout-État en ce domaine il faut remettre en pratique la solidarité, l'entraide, l'altruisme, la bonté, le Coeur, l'amitié, la famille.

En se tournant vers une considération plus politique, il s'agit de faire intervenir l'attention personnelle là où l'assistanat gouvernemental avait pris sa place.

La France a une grande tradition médicale et enseignante née en dehors et avant l'activitisme de l'État. L'invention de l'hôpital par les ordres religieux, la création des Restaurants du Coeur en est un exemple.

Le pays peut puiser dans cette tradition la source d'une révolution du coeur.

Il s'agit de redécouvrir comment la population peut reprendre sa place dans l'aide aux plus malheureux, comment elle doit reprendre l'initiative au lieu d'attendre que "l'État fasse quelque chose".

Ce qui mène à examiner une expérience encourageante.

Dans l'État du Michigan, lorsque le Gouverneur John Engler cessa l'assistance de l'État aux adultes valides et sans enfants, des douzaines d'initiatives privées aidant à la réinsertion prirent la relève. Ainsi, avant la cessation de l'aide gouvernementale, en 1991, 82% des bénéficiaires n'avaient jamais travaillé.

Après la cessation de l'aide, en 1993, 34% avaient exercé un emploi au moins à temps partiel. C'est un signe, un premier, que lorsque l'aide ne vient plus de l'État mais des aides personnelles, certains mécanismes psychologiques et sociologiques s'enclenchent qui poussent les bénéficiaires à faire plus d'efforts.

Dans les bonnes oeuvres aussi l'être humain est plus efficace que l'État.

L'Armée du Salut est à n'en pas douter l'une des plus grandes réussites du Coeur en ce siècle. Pour 1992 en Amérique, les Américains et les Américaines, par leurs dons personnels, et non à travers les impôts, grâce à l'Armée du Salut ont donné aux pauvres $762 millions de dollars.

Grâce à cela, l'association à pu offrir 9 millions de nuits d'hébergement et 69 millions de repas aux gens dans le besoin.

C'est bien. Mais où est la différence avec les mêmes dollars pris par l'État et redonner aux pauvres?

Un repas et un lit à l'Armée du Salut, ne sont pas un repas et un lit dans un foyer d'État.

Puisque l'on parle d'entraide humaine, il ne faut pas considérer seulement les sommes d'argent investies. Ce que veulent réellement ceux qui aident les plus pauvres dans l'Armée du Salut, c'est que les gens s'en sortent.

Quand une personne donne de son temps libre pour aider les pauvres, ce n'est pas la même chose que lorsqu'un employé (même avec la meilleure volonté) s'occupe des pauvres. La personne bénévole songe en permanence à faire sortir de sa pauvreté celui qu'elle aide. Elle sait qu'elle ne sera pas toujours là.

L'employé considère son aide comme un travail à part entière et celui qu'il aide comme un client qui pourrait bien le rester toute sa vie.

C'est ainsi qu'au-delà de son assistance matérielle, l'Armée du Salut entraîne une réelle modification intérieure chez les hommes et les femmes aidés. En 1993, par exemple, 113 des 165 résidents du foyer de l'Armée du Salut à Bell en Californie ont trouvé un emploi.

Ce succès s'explique en partie par les règles de la "maison". Elles demandent aux résidents d'être sobres et sans drogue dans l'institut (ce qui n'est pas exigé dans les foyers d'assistance publique), elles demandent aussi une participation active au fonctionnement du foyer.

"Si vous êtes là depuis 45 jours" explique un employé Patrick Melleon, lui-même ancien drogué, "il va de soi que vous avez accepté un job ou que vous allez de nouveau à l'école".

Bien entendu, cet effort doublé d'un investissement personnel de la part de "ceux qui aident" engendre une atmosphère chaleureuse. Cela redouble le succès de la réinsertion: "Nous sommes comme une famille", dit Royal Williams, éducateur et ancien sans-logis.

La supériorité de l'aide personnelle sur l'assistanat d'État

Pour étudier sérieusement cette aide de l'homme vers l'homme, en contraste avec l'aide de l'État vers l'homme, des études scientifiques ont été entreprises. Elles révèlent, en utilisant psychologie, sociologie et anthropologie, les grandes qualités de l'aide personnelle que l'assistanat d'État n'a jamais possédé.

Marvin Olasky, professeur de journalisme à l'université d'Austin au Texas, a enquêté sur les mécanismes de l'aide à autrui. En 1990, il a enfilé de vieilles fringues, s'est roulé dans la poussière et a commencé à partager la vie des sans logis. Ses logements devinrent les abris de nuit de Washington, son alimentation les repas des centres sociaux. Après plusieurs semaines, Marvin Olasky a résumé son expérience en cette phrase:

"On m'a servi beaucoup de soupes, on m'a préparé beaucoup de lits et on m'a administré beaucoup de calmants. Mais jamais, jamais on ne m'a demandé de participer à l'effort commun... pas même de débarrasser mon couvert".

Olasky n'est pas un penseur irresponsable, il est allé sur le terrain. Plus admirable encore, puisqu'il parle d'altruisme, il pratique l'altruisme. Dans sa famille, il a accueilli comme un nouveau membre une fille-mère et son enfant. La jeune femme et son fils font désormais partie de son foyer. Tous les jours, Marvin pousse ses amis politiques à s'engager de la même façon. Son voyage dans ce qu'on peut appeler "l'industrie de l'aide sociale" lui a valu de devenir l'un des plus grands consultants politiques sur la question.

Dans son ouvrage "Tragédie de la Compassion Américaine", il rapporte son aventure et extrait les raisons du succès de l'aide personnelle par rapport à l'aide étatique. Ces raisons, il le souligne, appartiennent à la psychologie, à la sociologie, à la solidarité surtout... Ce sont des attitudes que nous vivons tous instinctivement, quand nous aidons un ami, un neveu ou un mendiant. Mais l'analyse d'Olasky est précieuse, car pour la première fois, elle établit une apologie scientifique des oeuvres du Coeur.

Méthodiquement, Olasky met en lumière chacun des éléments qui, dans l'histoire de l'humanité, ont toujours été présents dans cette aide humaine qui sauve réellement les hommes: l'aide personnelle. Il dénombre ainsi la personnification de l'aide (par opposition à l'Étatisation de l'aide), le raccordement à la famille (aider les enfants à aider leurs parents plutôt que remplacer les enfants par un "officiant"), la "différenciation" (chaque homme ou femme a besoin d'une aide à nulle autre identique), le travail (toutes les qualités internes de l'homme dans le besoin sont à nouveau à l'exercice lorsque l'homme a un emploi) et enfin le retour à Dieu (c'est avec la foi en Dieu que la plupart des grands relèvements humains s'accomplissent).

Dans cet ouvrage, Marvin Olaski expose les raisons du succès de l'aide personnelle aux hommes dans le besoin par rapport à l'aide Étatique.

En premier lieu, il a relevé l'attachement humain: attachement entre celui qui aide et celui qui est aidé. Car celui qui aide de ses propres deniers et de son propre temps prend à coeur la réussite de son action. Plus précisément, il est au centre des intentions de celui qui aide de tirer le bénéficiaire de la misère.

Plus important encore, il y a phénomène d'attachement chez celui qui est aidé. Ce bénéficiaire connaît celui qui l'aide, il se rend compte de l'effort déployé. Il perçoit donc avec plus de lucidité que lorsqu'un chèque anonyme est attribué par l'État, qu'il doit faire lui aussi un effort pour s'en sortir.

Car dans le cadre de l'aide Étatique, celui qui est aidé rend visite à un fonctionnaire et reçoit par la suite un chèque anonyme. Il ne prend pas conscience de la présence, quelque part, de celui qui travaille pour que ce chèque soit honoré ou que le loyer de logement soit payé.

Et de l'autre côté de la rivière bureaucratique, celui qui aide, l'imposé, ne se rend plus compte qu'il aide. Il renâcle à payer ses impôts, et lorsqu'il croise le pauvre dans la rue, il sait qu'il y a des spécialistes quelque part pour s'occuper de lui. Petit à petit, dans les sociétés socialisées, ceux qui donnent contraints et forcés éteignent en eux l'altruisme.

Dans l'aide Étatique, finalement, les occasions que nous avait donné la vie d'exercer notre Coeur sont endormies. Il y a sûrement là une raison du durcissement des Coeurs dans ces pays.

Olasky relève un autre principe de l'aide d'homme à homme: "l'affiliation".

"Celui qui aide" réfléchit aux liens naturels qui pourraient aider l'homme dans le besoin. Il s'efforce de retrouver les enfants de la personne âgée, il s'efforce de "raccommoder" les frères divisés, il encourage le fugueur à rentrer chez lui. En somme, il essaie de restaurer les liens naturels de l'être humain, de le "réaffilier". Il essaie de le remettre en contact avec ses parents, ses enfants, parce qu'il sait, instinctivement, que ces liens ramèneront plus d'équilibre à l'homme dans le besoin. Il sait qu'il ne peut quant à lui être là éternellement. Il comprend en fait l'environnement naturel de l'homme. Il fait oeuvre d'écologie humaine.

L'aide d'État, au contraire, remplace les liens naturels de l'homme. Elle propose la crèche à la fille-mère, l'hospice au vieillard, l'aide ménagère aux isolés. Définitivement dépendant de cette aide, les hommes et les femmes ne sont plus conduits à retrouver leurs familles et leurs racines.

Olasky va plus loin. Il énonce un troisième principe: dans tous les actes d'entraide d'homme à homme, il y a phénomène de "différenciation", d'adaptation.

Nous réalisons tous qu'aider certaines personnes avec de l'argent n'est pas utile. Il est parfois préférable de donner un sandwich ou tout simplement du temps. Nous pouvons par contre estimer que le jeune, de son côté, celui qui commence dans la vie, a besoin d'argent, d'encouragement, de discernement.

Aucune personne n'a les mêmes besoins que son voisin. Et cela, seule une aide proche, personnelle, individuelle et volontaire le perçoit. L'État ne peut faire ces distinctions. Si le travailleur social le faisait, il serait taxé de subjectivité.

Quatrième principe, Olasky remarque combien le travail est souvent le meilleur remède contre la descente dans la misère. C'est un remède qui apporte le bien être matériel, bien sûr, mais qui permet aussi à l'homme de cultiver sa dignité. Par le travail, il entretient son énergie, son respect des règles de la communauté, son respect de lui-même et le respect des autres. Il reste un être social.

Olasky fait remarquer alors qu'une économie en bonne santé est une condition indispensable pour sortir de la misère. Mais il rappelle surtout, que pour les plus petits d'entre les hommes, pour ceux qui ont moins de qualifications ou moins de dispositions, il faut penser à l'accessibilité du travail.

Olasky remarque alors combien celui qui aide offre souvent un petit boulot au bénéficiaire: un jardin à désherber, une maison à repeindre... Peut-être que l'homme dans le besoin accepterait... En cela, il lui redonne une discipline quotidienne. Combien les jours sont plus équilibrés quand on a quelque chose à faire! L'homme qui propose le petit "job" encourage à reprendre confiance en soi. Il le fait avec patience, excusant au début les retards, les petites imperfections. Point important à ce sujet: ce petit job va évidemen de pair avec un petit salaire.

Un emploi "qualifié", par contre, ne permet pas toujours à l'homme ou la femme de se relever. La qualification requise est au début trop élevée, le passage de l'inactivité à l'activité trop brutal. Celui qui aide, en donnant un "petit boulot", permet au plus démuni de remettre pied sur le plus accessible des échelons sociaux, là où la qualification n'est pas trop élevée.

Malheureusement, dans les sociétés "sur-étatisées", ce petit job assorti d'un petit salaire est illégal. Car le Tout-État veut aussi gérer les salaires. Il y a les "lois du travail" qui forcent à payer un certain salaire, très souvent supérieur à ce que valent les petits boulots.

Celui qui aide risque alors l'amende ou la prison. En fait dans ce genre de société, le premier petit emploi est impossible et la possibilité de réapprendre la vie disparaît. En grande partie, et c'est anachronique certes, beaucoup de lois du travail maintiennent les plus faibles dans la rue.

Marvin Olasky continue: "Dans toute aide efficace aux hommes, un dernier principe est presque toujours présent: le retour à Dieu". Une enquête conduite par l'économiste de Harward, Richard Freeman a démontré en effet que les jeunes des ghettos Américains qui sont croyants restent davantage à l'école (47% de plus), se droguent moins (54% de moins) et commettent moins de crimes (50% de moins). Leur foi intérieure, elle aussi, est une force qui supplante l'assistance d'État.

Ces héros inconnus qui soulagent leurs semblables.

Parmi les milliers de lieux qui appliquent instinctivement les principes de l'aide de l'homme à l'homme en Amérique (en opposition à l'aide de l'État à l'homme), nous en avons sélectionné quelques uns. Ce sont des lieux enchantés où des héros inconnus oeuvrent à soulager les maux d'autrui. Ils répondent non seulement aux besoins physiques des plus pauvres mais aussi à leurs besoins intérieurs. Ils le font sans un centime de l'État et justement parce que c'est sans un centime. Dans leurs travaux se retrouvent à l'état naturel et sans lire de théories tous les principes relevés par Marvin Olasky (Tragédie de la Compassion Américaine).

Non seulement ces initiatives sont plus efficaces, mais elles se renouvellent aussi dans le temps pour répondre correctement aux besoins. La personne, mieux que l'État, est une boite à idée. Elle réagit sur le moment alors qu'il faut des années à l'État pour s'ébranler. Encore une fois, cette flexibilité et cette créativité de la personne que l'on admire en économie est aussi à l'oeuvre dans le social.

On trouve de la sorte l'oeuvre de Charis Homes. Charis est un pasteur protestant qui construit des maisons pour les pauvres d'Atlanta. Il le fait sur des lots donnés par des sponsors de son église. Il les bâtit avec l'aide de volontaires et il invite les futurs habitants à mettre la main au marteau.

Viva Health Plan est une organisation de volontaires. Elle fournit des assurances santé adaptées aux besoins des immigrés hispaniques de Los Angeles.

Heads Up Program repose sur le dévouement de volontaires pour apprendre à lire et à écrire aux jeunes illettrés. En un mois, en dépensant $50 par personne (une fraction insignifiante du coût des années passées à l'école), de jeunes gens illettrés reçoivent l'un des plus beaux cadeaux qu'on puisse leur faire, savoir lire. En plus, ils découvrent l'amitié avec leurs tuteurs, amitié qui pourra durer toute une vie.

Soeur Driscoll à Chicago gère un foyer pour femmes sans logis. Avec seulement 6% de ses résidentes retournant à la rue, sa maison est le centre le plus efficace de la métropole.

Comment fait-elle ? L'aide dans son foyer est fournie en échange d'un effort immédiat, concret et permanent. Les femmes doivent rester sobres, respecter un couvre-feu, prendre tout emploi qui se présente et même mettre de l'argent de côté.

En comparaison, les foyers publics dépensent habituellement $22 par personne et par jour pour héberger les femmes dans le besoin. Soeur Driscoll gère son centre pour le tiers de cette somme: $7. "L'argent trop facile doit disparaître," explique-t-elle, "l'essentiel, c'est de trouver exactement ce dont chacun a besoin pour lui redonner sa dignité. La plupart du temps, il ne s'agit pas d'argent".

Y a-t-il assez de volontaires pour couvrir tous les besoins des pauvres ?

Doit-on immédiatement se reposer sur l'aide humaine venant des individus et de ses associations les plus rapprochées et abandonner l'aide d'État?

Y a-t-il assez de Connie Driscoll en Amérique et, espérons-le, en France, un jour, pour remplacer les fonctionnaires?

Le premier élément de réponse fourni par l'observation est qu'avec moins d'argent, l'aide des volontaires a de meilleurs résultats. Après tout, dans toutes les autres activités humaines (à part encore une fois, dans les fonctions régaliennes de la diplomatie, de la police et de la sécurité nationale), nous savons déjà que la personne privée fait mieux que l'employé d'État.

"Il ne faut pas chercher à remplacer dollar par dollar l'aide de l'État" explique le Père Sirico. Ce prêtre catholique s'est donné pour mission de rappeler à tous ceux concernés par le sort des pauvres, qu'il n'y a que la charité personnelle qui aide réellement et que les mécanismes financiers en sont totalement différents. "L'assistance d'État", dit-il, perpétue les causes de la misère. Et avec moins de dollars, l'aide personnelle fait toujours mieux que l'aide d'État".

Il a fondé l'Acton Institute for Religion and Liberty. Son but est de ramener la compassion à l'ordre du jour. Il rappelle qu'au XIXème siècle, il y avait en Amérique un bénévole pour deux pauvres. Les oeuvres de charité, églises et solidarités naturelles pansaient efficacement les plaies sociales bien avant que l'État, il y a 40 ans environ, ne s'estime irremplaçable.

La générosité des hommes est le plus grand embarras des Étatistes

Le deuxième élément de réponse est justement constitué par les chiffres concernants le bénévolat aux USA. Au total et déjà, les oeuvres de charité pèsent le tiers de ce que pèse l'aide de l'État (360 milliards de dollars contre 950 milliards).

La réponse est aussi dans l'augmentation du temps dévoué à autrui par les Américains.

En 1993, 48% des Américains donnèrent de leur temps à une oeuvre de charité (contre 27% des Européens). Une enquête de l'Institut Gallup en 1990 révèle que 74% des Américains ont donné des aliments dans l'année à une organisation humanitaire, que 42% ont donné de leur temps à une organisation de charité et qu'en moyenne, les bénévoles ont donné six heures de travail par mois à une oeuvre d'entraide. En ne comptant que les associations de charité Chrétiennes, on en compte pour l'instant 54 000 aux USA.

Mieux encore, depuis 1981, l'année où Ronald Reagan encouragea ses concitoyens à se lancer dans l'aide à leur prochain, le nombre des heures de bénévolat a doublé. Il est passé de 12 à 19 milliards d'heures (London Volunteer Center, Extent and Role of Volunteering - 1995). La générosité des hommes est le plus grand embarras des Étatistes.

Et ce n'est pas seulement dans l'aide à l'intérieur de la nation qu'un peuple "responsabilisé" est généreux. Il l'est aussi dans le don aux peuples lointains. En ce qui concerne les dons privés (et non publics), toute proportion gardée avec leur richesse nationale, les hommes et les femmes d'Amérique sont aussi très généreux. Sur 18 pays de l'OCDE, ils se placent en huitièmes. Les premiers sont les Norvégiens, les derniers les Japonais. Les Français sont seizièmes.

Les projets réussis pour venir en aide aux hommes sont donc innombrables. Si l'État desserrait son étreinte, ils pourraient se multiplier encore. Il s'agirait pour l'État, de moins s'impliquer dans les activités de la population, de réduire donc ses impôts, de laisser ainsi aux personnes plus d'argent et de temps.

Ces subventions qui Étatisent la solidarité humaine

Une fois les oeuvres de solidarité venant de la population réinstaurées et une fois l'État désengagé de l'aide constante à tous les besoins, il faut encore persister et essentiellement résister aux sirènes étatistes qui veulent devenir les "subventionneurs" de la solidarité humaine. Car les subventions peuvent faire retomber dans la mentalité d'organisme d'État toute entreprise personnelle. Cette volonté de dire non à l'argent venant de l'État se fait souvent, observe Marvin Olasky, parce que l'inspiration de ces oeuvres est d'ordre spirituel.

Marvin raconte l'histoire de deux associations qui avaient au départ deux points communs: de très petits budgets et la volonté d'aider les pauvres grâce en partie à la foi en Dieu. Mais à un moment de leur vie, les deux associations ont dû faire un choix.

Chacune a pris alors une voie différente.

La première, HOBO (Helping Our Brothers Out) commença son aventure en 1987. Elle avait pour but d'apporter aux gens sans logis des vêtements, de la nourriture, et aussi de leurs offrir des réflexions se basant sur la Bible ainsi qu'un peu de prière. Le programme était modeste, mais il sortait vraiment les gens du besoin.

Avec l'aide de nombreux volontaires et des paroisses locales, il remettait les sans foyers en contact avec leurs familles et les encourageait à reprendre les commandes de leur vie grâce à l'aide de Dieu.

Mais en 1989, les membres du conseil de HOBO durent faire un choix: accepter une subvention d'État ou la refuser. Le directeur John Porterfield se rappelle: "Nous savions qu'il y avait des conditions à satisfaire pour recevoir cet argent" Il savait que recevoir l'aide impliquait d'abandonner toute référence spirituelle.

HOBO choisit l'argent. Bientôt, l'institut devint une clinique médicale, offrit des douches chaudes et diffusa même des films de Sharon Stone ! Tout ce qu'il fallait, malheureusement, pour ne pas contrarier les habitudes de gens drogués et alcooliques.

Ce qui avait été perdu, c'était la douce incitation à évoluer, la nécessité de faire un effort. Les petites flammes intérieures qui auraient pu être allumées dans le coeur des défavorisés avait été soufflées par la normalisation inévitable de l'État providence.

La deuxième association resta sur l'autre voie. En l'été 1995, Teen Challenge, à San Antonio, s'entêta, malgré l'insistance de l'État, à traiter les gens alcooliques ou drogués en leur enseignant le message de l'Evangile. Pour les volontaires de Teen Challenge, en remplissant le vide dans les âmes, on pouvait obtenir de meilleurs résultats qu'avec tout les traitements chimiques.

Mais la commission gouvernementale contre la drogue tenta de fermer le centre. "Ce n'est pas un vrai traitement" prétendaient les fonctionnaires. "Nous devons vous retirer votre droit de soigner"

Teen Challenge insista. L'association maintint qu'en "étant spirituelle elle traitait en fait la cause du mal et non les symptômes". L'association fournissait même les preuves de son efficacité. Malgré les consignes de silence, un enquêteur des Services de Santé gouvernementaux avait découvert et publié "par erreur", que sur 300 programmes de traitements de la drogue, Teen Challenge était le meilleur, et le moins coûteux !

Refusant de se plier à la volonté des fonctionnaires, Teen Challenge organisa alors des manifestations au cours desquelles les "ex-junkies" apportèrent leur témoignage. Plusieurs centaines de personnes, la plupart noires ou Hispaniques, chantèrent et brandirent des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: "J'ai été un fardeau pour mes frères, aujourd'hui je participe aux efforts de ma communauté".

La population de la région déclencha un déluge d'appels téléphoniques et de lettres sur le gouverneur de l'époque qui n'était autre que le futur président Américain Georges Bush. Le Wall Street Journal lui-même se pencha sur la controverse. Bush prit position en faveur de l'aide sociale personnelle et spirituelle que représentait Teen Challenge: "Je soutiens les programmes basés sur la foi. Je crois qu'une conversion religieuse mène à la sobriété. Il y a une logique irréfutable dans ce que fait Teen Challenge. Teen Challenge devrait en fait être regardée par toutes les oeuvres de charité comme une oeuvre pionnière".

A ce jour, contre vents et marées, Teen Challenge continue sa mission...

La solidarité humaine fait partie d'une écologie qu'il faut restaurer.

En somme, aider les hommes dans le besoin peut se résumer à notre rapport avec le mendiant au bas de notre rue. Pourquoi fais-je un calcul lorsqu'il me demande la pièce ? Dois-je lui donner du liquide ou un sandwich ? Touche-t-il comme moi le SMIC ? A-t-il un logement gratuit ?

Pourquoi s'empêtrer dans ces considérations ? Parce que le gouvernement est au milieu de notre élan. Parce que ce système remplace la charité et la solidarité par l'assistanat. Une renaissance réelle doit venir des coeurs et de très anciennes habitudes doivent nous habiter à nouveau, celle du vrai contact avec autrui.

La vraie prise en charge des plus défavorisés passe nécessairement par l'effacement de l'État car l'État déséquilibre l'écologie de l'entraide. Il n'a aucune exigence à l'égard des bénéficiaires, il coûte plus cher et absorbe les revenus des citoyens qui auraient autrement donné de leur attention, une attention plus efficace.

Le discours dominant de "l'industrie sociale" pendant un siècle a été premièrement que le pauvre était une victime et deuxièmement que celui qui devait le secourir était l'État.

Elle sous entendait que personne ne peut grimper l'échelle sociale. Cela était en partie vrai car ce même État, habité par la même habitude "contrôleuse", interdisait les petits métiers et étouffait l'entreprise.

La population de son côté, en se basant sur le fait que payer des impôts la dispensait d'aide à l'indigent et même au parent ! Elle se laissait taxer pour faire le bien mais elle ne faisait plus cela que de mauvais gré. Au mieux, elle était habitée par la volonté intellectuelle de vouloir faire disparaître la misère en alignant quelques chiffres sur sa feuille d'impôt.

Mais le meilleur, le plus profond, le plus durable geste, le plus bienveillant acte que l'État puisse accomplir de nos jours, est impérativement d'alléger les impôts sur les entreprises et sur les personnes afin que ceux-ci puissent à nouveau s'aider par eux-mêmes. Les entreprises pourraient alors se multiplier, produire correctement et embaucher.

Même effet dans les impôts sur les personnes afin que celles-ci aient plus d'énergies à consacrer aux gens dans le besoin.

L'esprit du volontariat, animé par la solidarité humaine, parait être ce qui peut réellement redresser une communauté et rendre les plus faibles prospères matériellement et plus riches intérieurement. Il n'y a pas de renaissance dans une réforme de structures d'État, il y en a une dans la conversion des coeurs.

Daniel Rabourdin, 1999

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