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Economie

COMMERCE EQUITABLE OU FONDS DE COMMERCE

Par Orphé Haddad
Dans cette salle d’attente où mon tour tarde à venir, je feuillète un grand hebdomadaire français vantant, à l’une de ses pages, les mérites d’un jeune homme issu des rangs d’HEC et reconverti dans le " commerce équitable ". 

J’aurais certainement été profondément ému par cette initative si elle n’était pas la centième que l’on me contait. 

Pots de crème pour le visage, jus de fruits exotiques, étuis de téléphones portables aux couleurs africaines, tissus divers et variés, rien n’échappe aujourd’hui à la dénomination " commerce équitable ". Il ne manquerait plus que les trop nombreux négriers modernes, faisant fortune de la misère des Hommes en leur faisant traverser les mers vers un avenir espéré meilleur, n’apposent sur leurs insalubres navires le label " commerce équitable " du fait du contenu " service public " de leur activité. 

Frustré de ne voir sur les emballages que ces deux mots de " commerce équitable " sans autre explication, me voilà sur internet, le démodé papier étant resté muet sur la question, à la recherche d’une définition. 

Une fois quelques sites visités, la curosité laisse place à l’étonnement, puis à un sentiment de malaise : il n’y a en réalité pas une définition du commerce équitable, mais plusieurs. 

Au palmarès non exhaustif des critères caractérisant ce " commerce équitable " vient d’abord le " travail avec des artisans défavorisés qui définissent eux-mêmes le prix de vente des produits en fonction de leurs besoins et de ceux de leurs familles (santé, formation, protection sociale) ". Etrange conception de l’Equité que celle qui prévoit et limite les éléments par lesquels le vendeur pourra déterminer son prix, sans égard à cette liberté intrinsèque à l’activité commerciale et cela à l’heure même où l’acheteur se prévalant de l’Equité n’indique ni en fonction de quoi ses prix sont déterminés, ni quelle marge souhaitent ses actionnaires et investisseurs. 

Une des autres " spécificités " consiste à " éviter les intermédaires lors de l’achat des produits ". Sont donc considérées méthodes de " commerce équitable " d’une part, cette technique ancestrale de diminution des coûts qui consiste à s’approvisionner directement au fabricant et que tout commerçant comme étudiant en école de commerce apprend dès ses premières armes dans le métier et, d’autre part, le fait de priver les intermédiaires locaux et leurs familles d’une partie de leur revenu. 

Puis c’est au tour de l’incontournable " respect des méthodes de fabrication artisanale ". Un " commerce équitable " serait donc un commerce dans lequel l’artisan devra, au nom de l’Equité, abandonner tout espoir de développer son atelier ou de le moderniser. 

Autre critère, le " privilège des relations contractuelles transparentes et durables ". Un doute m’assaille. L’établissement d’un contrat serait-il plus avantageux pour " l’artisan défavorisé des pays du Sud " ou pour la S.A.R.L. du Nord, forte de son conseiller juridique ? 

La visite n’aurait bien sûr pas pu se clôre sans que je n’assiste aux amalgames entre protection de la nature, refus des tests sur les animaux et défense des droits de l’Homme et sans que je ne puisse échapper aux phrases-slogans telles " la promotion d’un commerce plus juste avec les pays du tiers-monde " et " un commerce équitable pour un monde plus juste ". 

Pourtant, ce que paraissent partager ces affirmations semble tenir moins d’une quelconque conception de la Justice ou de l’Equité que d’une notion bien moins lyrique, celle de Fonds de commerce, cet ensemble d’éléments qu’affecte le commerçant à son activité et qu’il destine notamment à attirer et retenir une clientèle. 

Entre inexistence de contrôles, valse de stériles étiquettes et flou définitionnel, le " commerce équitable " semble être devenu, pour certains, le fonds de commerce d’une époque où l’héroïsme se conquiert à trois ballons dans un filet, où l’Afghanistan révolte pour ses pierres avant de choquer pour ses femmes et où la bonne conscience s’achète dans une statuette.

Orphée Haddad - Chef d'entreprise

orphee_haddad@hotmail.com  

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