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| Economie | Les soirées de la rue Saint Lazare EXTRAITS |
20/10/03 | ![]() |
Nouvelle édition augmentée dune biographie dYves Guyot
Les faits sociaux expliqués par les lois économiques. Ami de Bastiat et Coquelin, inspirateur de Rothbard, Gustave de Molinari fait dialoguer dans un salon parisien un conservateur, un socialiste et un économiste. Economie, monnaie, arts, propriété intellectuelle, enseignement, famille, religion ou prostitution : Molinari démontre la supériorité des solutions libérales sur les choix étatistes. Pour la première fois, un économiste jette les bases dun système privé de production de sécurité. Un livre indispensable à tous ceux qui sintéressent à lhistoire des idées économiques et politiques. Texte de 1849. Avant propos bibliographique dYves Guyot M. G. de Molinari croyait que le devoir de l'écrivain était d'épargner l'effort du lecteur, en lui donnant la besogne toute faite. Il éliminait tout ce qui était encombrant ; il simplifiait les faits et n'en présentait que l'essentiel. Il clarifiait et filtrait sa pensée, de manière à lui donner toute la limpidité possible. Par son élégance, sa force et sa délicatesse d'expression, par la propriété des termes, le style de M. de Molinari en fait un des maîtres de la langue française. M. de Molinari ne cessait de montrer la contradiction qu'il y avait entre les résultats acquis par l'industrie et par la science pour diminuer les prix de revient, agrandir les marchés par la facilité des moyens de transport et la politique protectionniste qui avait pour but d'en annihiler en tout ou partie les résultats, d'élever des barrières factices contre les progrès du dehors. Pendant la Révolution de 1848, il combattit les socialistes en même temps que les conservateurs du statu quo. Dans son livre Les Soirées de la rue Saint-Lazare, entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété, il poussa jusqu'à des limites extrêmes l'opposition à toute intervention de l'État. Extrait de la première soirée, sur la propriété LE CONSERVATEUR. Débattons ensemble, sans passion, les problèmes redoutables qui ont été soulevés dans ces derniers temps. Vous qui faites une guerre acharnée aux institutions actuelles, vous qui les défendez, sous réserves, que voulez-vous donc ? LE SOCIALISTE. Nous voulons reconstruire la société. L'ÉCONOMISTE. Nous voulons la réformer. LE CONSERVATEUR. O rêveurs, mes bons amis, je ne demanderais pas mieux, si cela était possible. Mais vous poursuivez des chimères. LE SOCIALISTE. Eh ! quoi, vouloir que le règne de la force et de la ruse fasse enfin place à celui de la justice ; vouloir que le pauvre cesse d'être exploité par le riche ; vouloir que chacun soit récompensé selon ses uvres, est-ce donc poursuivre une chimère ? LE CONSERVATEUR. Cet Idéal que tous les utopistes se sont proposés depuis le commencement du monde ne saurait malheureusement être réalisé sur la terre. Il n'est pas donné aux hommes de l'atteindre ! LE SOCIALISTE. Je crois tout le contraire. Nous avons vécu jusqu'à ce jour au sein d'une organisation sociale imparfaite, vicieuse. Pourquoi ne nous serait-il pas permis de la changer ? Si la société est mal faite, disait M. Louis Blanc, ne pouvons-nous donc la refaire ? Les lois sur lesquelles repose cette société gangrenée jusqu'à la moelle des os sont-elles éternelles, immuables ? Nous qui les avons jusqu'à présent subies, sommes-nous condamnés à les subir toujours ? LE CONSERVATEUR. Dieu l'a voulu ainsi. L'ÉCONOMISTE. Prenez garde d'invoquer le nom de Dieu en vain. Êtes-vous bien sûr que les maux de la société proviennent véritablement des lois sur lesquelles la société repose ? LE SOCIALISTE. D'où viendraient-il ? L'ÉCONOMISTE. Ne se pourrait-il pas que ces maux eussent leur origine dans des atteintes portées aux lois fondamentales de la société ? LE SOCIALISTE. La belle apparence que ces lois existent ! L'ÉCONOMISTE. Il y a des lois économiques qui gouvernent la société, comme il y a des lois physiques qui gouvernent le monde matériel. Ces lois ont pour essence l'Utilité et la Justice. Ce qui signifie qu'en les observant, d'une manière absolue, on est sûr d'agir utilement et équitablement pour soi-même et pour les autres. Extrait de la deuxième soirée, sur la propriété intellectuelle LE SOCIALISTE. Où commence notre droit de propriété sur les objets extérieurs et où finit-il ? L'ÉCONOMISTE. Il commence au moment où nous appliquons aux choses que la nature a mises gratuitement à notre disposition, une portion de nos forces, de nos facultés ; au moment où nous complétons luvre de la nature en donnant à ces choses une façon nouvelle ; au moment où nous ajoutons à la valeur naturelle qui est en elles une valeur artificielle ; il finit au moment où cette valeur artificielle périt. LE CONSERVATEUR. Qu'entendez-vous par valeur ? L'ÉCONOMISTE. J'entends par valeur, la propriété qu'ont les choses ou qui leur est donnée de satisfaire aux besoins de l'homme. L'homme possède donc son être et les dépendances naturelles ou artificielles de son être, ses facultés, son corps et ses oeuvres. Les uvres de l'homme, objet de la propriété extérieure, sont de deux sortes, matérielles et immatérielles. La loi reconnaît à perpétuité la propriété matérielle, à perpétuité, c'est-à-dire, autant que dure l'objet de la propriété ; en revanche elle limite à un délai assez bref la propriété immatérielle. Cependant l'une et l'autre ont la même origine. LE CONSERVATEUR. Comment ? Vous assimilez la propriété d'une invention ou d'un air de musique à la propriété d'une maison ou d'une terre. L'ÉCONOMISTE. Absolument. L'une et l'autre n'ont-elles pas également leur origine dans le travail ? Du moment qu'il y a effort accompli et valeur créée, que l'effort vienne des nerfs ou des muscles, que la valeur soit appliquée à un objet palpable ou intangible, une nouvelle propriété est créée. Peu importe la forme sous laquelle elle se manifeste ! S'il s'agit d'un fonds de terre mis en culture, c'est principalement de la force physique qui a été dépensée ; s'il s'agit d'un air de musique, ce sont des facultés intellectuelles aidées de certaines facultés physiques ou morales qui ont été mises en uvre. Mais à moins de placer les facultés de l'intelligence au-dessous des forces physiques, ou bien encore, à moins de prétendre que l'homme possède son intelligence à un titre moins légitime que sa force physique, peut-on établir une différence entre ces deux sortes de propriétés ? Extrait de la septième soirée, sur le libre échange L'ÉCONOMISTE. Voyons comment les choses se passent dans la pratique. On interdit brusquement le marché national à une certaine catégorie de produits étrangers. L'Allemagne, par exemple, établit un droit prohibitif sur les bronzes et la quincaillerie de Paris. Les fabricants de bronze et les quincailliers de l'Allemagne se mettent, en conséquence, à fabriquer des articles dont ils ne s'étaient point occupés jusque-là. Avant d'avoir achevé leur apprentissage de cette fabrication nouvelle, ils font une foule d'écoles et ils livrent aux consommateurs des produits imparfaits et chers. Des années se passent avant qu'ils n'atteignent le niveau de l'industrie étrangère, quand ils l'atteignent. Je suppose, maintenant, que la prohibition n'eût pas été établie ; la quincaillerie et l'industrie des bronzes seraient-elles demeurées stationnaires à Paris ? Quelle a été l'influence de la loi de douane allemande sur ces deux industries parisiennes ? En les privant d'une partie de leur débouché, cette loi les a fait rétrograder ou du moins elle a ralenti leurs progrès. Vous savez, en effet, comment procède le progrès industriel. Il procède par la division du travail. Plus le travail se divise, plus les produits se perfectionnent et se multiplient. Or, dans quelle circonstance la division du travail peut-elle être portée à son maximum ? N'est-ce pas lorsque le marché est le plus étendu possible ? Lorsqu'un débouché vient à se fermer, lorsque l'étendue du marché vient à se réduire, peu de fabricants cessent tout à fait de travailler, mais la plupart réduisent leur fabrication. Réduisant leur fabrication, ils ne peuvent plus autant diviser le travail ; ils sont obligés d'employer des procédés moins économiques. Le progrès de la quincaillerie et de l'industrie des bronzes s'est donc ralenti en France. S'est-il activé en Allemagne, de manière à compenser cette perte dans la production générale ? Voyons. Plusieurs années se sont écoulées avant que les quincailliers et les bronziers allemands aient atteint le niveau où se trouvaient leurs rivaux français, à l'époque de l'établissement de la prohibition. Pendant ce temps, l'industrie française aurait continué de progresser. Naturellement plus favorisée que sa rivale, n'aurait-elle pas progressé davantage, au grand profit de la consommation générale ? Voulez-vous une dernière preuve ? Le système protecteur est universellement en vigueur depuis un demi-siècle. A coup sûr, les industries augmentées à coup de tarif ont eu le temps d'égaler et de dépasser leurs anciennes rivales. Les ont-elles dépassées ? Les ont-elles même égalées ? Sont-elles en état de braver la concurrence étrangère ? Consultez-les, et vous verrez quelle sera leur réponse. LE SOCIALISTE. Oh ! Elles vous répondront unanimement, comme elles l'ont fait en 1834, qu'elles ont plus que jamais besoin de protection. L'ÉCONOMISTE. Ce qui signifie qu'elles ne peuvent produire encore à aussi bas prix et aussi bien que leurs rivales, malgré une protection d'un demi-siècle. En déplaçant une foule d'industries à contre-sens de la nature, le système protecteur a donc eu et dû avoir pour résultat d'augmenter les frais de production de toutes choses, ou, ce qui revient au même, de retarder l'abaissement naturel de ces frais. Or, c'est une loi de la nature que le prix courant des choses tende toujours à s'équilibrer avec les frais de production, et c'est une autre loi de la nature que la consommation diminue à mesure que le prix s'élève. Que le système protecteur ait augmenté les frais de production des choses, je vous l'ai, je crois, mathématiquement prouvé. Que l'augmentation des frais de production entraîne celle des prix, et celle-ci la diminution de la consommation, partant de la production, cela n'est pas moins exactement établi. Je suis donc fondé à conclure que le système protecteur a diminué la richesse générale du monde. Extrait de la huitième soirée, sur la concurrence des monnaies LE CONSERVATEUR. Vous prétendez que le gouvernement nuit à la société en réglementant certaines branches de la production, et en exerçant, lui-même, certaines industries ? L'ÉCONOMISTE. Je le prétends. Toute réglementation, aussi bien que tout monopole, se traduisent en une augmentation directe ou indirecte du prix des produits, partant en une diminution de la production. Le gouvernement produit plus chèrement et plus mal que les particuliers ; en premier lieu, parce qu'en exerçant plusieurs industries, il méconnaît, sinon dans les détails, du moins dans la direction supérieure, le principe économique de la division du travail ; en second lieu, parce qu'en sattribuant, directement ou indirectement, le monopole d'une industrie, il méconnaît le principe économique de la libre concurrence. LE CONSERVATEUR. Ainsi donc, le gouvernement fabrique la monnaie, construit les routes et les chemins de fer, distribue l'enseignement plus chèrement et plus mal que ne feraient les particuliers. L'ÉCONOMISTE. Sans aucun doute. LE CONSERVATEUR. Même la monnaie ! L'ÉCONOMISTE. La monnaie comme toute autre denrée. LE CONSERVATEUR. N'est-ce pas un attribut de la souveraineté que de battre monnaie ? L'ÉCONOMISTE. Pas plus que de fabriquer des clous ou des boutons de guêtres. Pourquoi la fabrication de monnaie serait-elle un attribut de la souveraineté ? Qu'est-ce que la monnaie ? Un instrument à l'aide duquel l'échange des valeurs s'opère...
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