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| Voici quelques extraits issues de
luvre de Tocqueville. Il est passionnant de voir que ses remarques
restent encore autant dactualité. Elles sont toutes riches denseignements
pour notre époque. " Instruit de ses vrais intérêts, le peuple comprendrait que, pour profiter des biens de la société, il faut se soumettre à ses charges. " " Chaque homme découvrira sans peine que pour lui lintérêt particulier se confond avec lintérêt général. " " Aux Etats-Unis, comme dans tous les pays où le peuple règne, cest la majorité qui gouverne au nom du peuple. Cette majorité se compose principalement des citoyens paisibles qui, soit par goût, soit par intérêt, désirent sincèrement le bien du pays. Autour deux sagitent sans cesse les partis, qui cherchent à les attirer dans leur sein et à sen faire un appui. " " Il nest pas de grands hommes sans vertu ; sans respect des droits il ny a pas de grand peuple : on peut presque dire quil ny a pas de société ; car quest ce quune réunion dêtres rationnels et intelligents dont la force est le seul lien ? " " Lorsque lenfant commence à se mouvoir au milieu des objets extérieurs, il na pas didée de la propriété des autres, pas même de celle de lexistence ; mais à mesure quil est averti du prix des choses, et quil découvre quon peut à son tour len dépouiller, il devient plus circonspect et finit par respecter dans ses semblables ce qu'il veut quon respecte en lui. Est il besoin de le dire ? cest quen Amérique il ny a point de prolétaires. Chacun ayant un bien particulier à défendre, reconnaît en principe le droit de propriété. " " Les Etats où les citoyens jouissent le plus anciennement de leurs droits (droits politiques) sont ceux où ils savent encore le mieux sen servir. On ne saurait trop le dire : il nest rien de plus fécond en merveilles que lart dêtre libre ; mais il ny a rien de plus dur que lapprentissage de la liberté. Il nen est pas de même du despotisme. Le despotisme se présente souvent comme le réparateur de tous les maux soufferts ; il est lappui du bon droit, le soutien des opprimés et le fondateur de lordre. Les peuples sendorment au sein de la prospérité momentanée quil fait naître ; et lorsquils se réveillent, ils sont misérables. " " Lavantage réel du gouvernement démocratique nest pas de garantir les intérêts de tous, ainsi quon la prétendu quelquefois, mais seulement de protéger ceux du plus grand nombre. " " Lorsque les ennemis de la démocratie prétendent quun seul fait mieux ce dont il se charge que le gouvernement de tous, il me semble quils ont raison. Le gouvernement dun seul, en supposant de part et dautre égalité de lumières, mais plus de suite dans ses entreprises que la multitude ; il montre plus de persévérance, plus didée densemble, plus de perfection de détail, un discernement plus juste dans le choix des hommes. Ceux qui nient ces choses nont jamais vu de république démocratique, ou nont jugé que sur un petit nombre dexemples. " " Sous lempire de la liberté démocratique, ce nest surtout pas ce quexécute ladministration publique qui est grand, cest ce quon exécute sans elle et en dehors delle. Elle répand dans tout le corps social une inquiète activité, une force surabondante, une énergie qui nexiste jamais sans elle, et qui, pour peu que les circonstances soient favorables, peuvent enfanter des merveilles. " " Aux Etats-Unis, les professions sont plus ou moins pénibles, plus ou moins lucratives, mais elles ne sont jamais ni hautes ni basses. Toute profession honnête est honorable. " " Lorsque les conditions sont presque égales, les hommes changent sans cesse de place ; il y a encore une classe de valets et une classe de maîtres ; mais ce ne sont pas toujours les mêmes individus, ni surtout les mêmes familles qui les composent ; et il ny a pas plus de perpétuité dans le commandement que dans lobéissance. " " Sous la démocratie, létat de domesticité na rien qui dégrade, parce quil est librement choisi, passagèrement adopté, que lopinion publique ne le flétrit point, et quil ne crée aucune inégalité permanente entre le serviteur et le maître. " " La liberté de la presse ne fait pas seulement sentir son pouvoir sur les opinions politiques, mais encore sur toutes les opinions des hommes. Elle ne modifie pas seulement les lois, mais les murs. Javoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané quon accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je laime par la considération des aux quelle empêche bien plus que pour les biens quelle fait. En matière de presse, il ny a donc réellement pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables quassure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables quelle fait naître. " " En France, la presse réunit deux espèces de centralisations distinctes. Presque tout son pouvoir est concentré dans un même lieu, et pour ainsi dire dans les mêmes mains, car ses organes sont en très petit nombre. Les Etats-Unis nont point de capitale : les lumières comme la puissance sont disséminées dans toutes les parties de cette vaste contrée ; les rayons de lintelligence humaine ; au lieu de partir dun centre commun ; sy croisent donc en tous sens ; les Américains nont placé nulle part la direction générale de la pensée, non plus que celle des affaires. Lorsquun grand nombre des organes de la presse parvient à marcher dans la même voie, leur influence à la longue devient presque irrésistible, et lopinion publique, frappée toujours du même côté, finit par céder sous leurs coups. " " Lorsque les hommes ne sont plus liés entre eux dune manière solide et permanente, on ne saurait obtenir dun grand nombre dagir en commun, à moins de persuader à chacun de ceux dont le concours est nécessaire que son intérêt particulier loblige à unir volontairement ses efforts aux efforts de tous les autres. Cela ne peut se faire habituellement et commodément quà laide dun journal ; il ny a quun journal qui puisse venir déposer au même moment dans mille esprits la même pensée. Un journal est un conseiller quon na pas besoin daller chercher, mais qui se présente de lui-même et qui vous parle tous les jours et brièvement de laffaire commune, sans vous déranger de vos affaires particulières. Les journaux deviennent donc plus nécessaires à mesure que les hommes sont plus égaux et lindividualisme plus à craindre. Ce serait diminuer leur importance que de croire quils ne servent quà garantir la liberté ; ils maintiennent la civilisation. Un journal ne peut subsister quà la condition de reproduire une doctrine ou un sentiment commun à un grand nombre dhommes. Plus les conditions deviennent égales, moins les hommes sont individuellement forts, plus ils se laissent aisément aller au courant de la foule et ont de peine à se tenir seuls dans une opinion quelle abandonne. " Quelques commentaires Les droits et les devoirs du citoyen constituent pour Tocqueville, comme pour Rousseau, les deux aspects complémentaires du jeu démocratique dans lequel chacun est législateur et sujet. Aussitôt après avoir montré lenjeu essentiel que constituent les droits du citoyen, Tocqueville reprend les thèmes et les termes même du pacte social. Lobéissance à la loi, la soumission volontaire de chacun à ses devoirs civiquesest de lintérêt de tous. La démocratie américaine donne lexemple dun système politique et économique dans lequel toutes les sources de gain proviennent du travail et du salaire ; dans ces conditions toutes les professions sont honorables. Une telle organisation sociale suppose lexistence de la liberté, tant politique quéconomique, et légalité des droits de chacun à accéder à toutes les professions, ce qui assure une mobilité sociale. A cette égalité-mobilité fondamentale Tocqueville opposera légalité absolue quil considère comme le risque le plus important de dérive aboutissant à la suppression de la propriété et donc de la liberté. La démocratie favorise lactivité, lhomo democraticus est incapable de demeurer en repos, cette inquiétude, au sens pascalien du terme, favorise lémulation, le développement économique et lessor prodigieux de lindustrie si, comme aux Etats-Unis, ladministration nest pas trop envahissante, et si le libéralisme économique va de pair avec le libéralisme politique. Alexis de T. & Jean Baptiste S. |
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