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Histoire Politique

Citations issues de l'oeuvre d’Alexis de Tocqueville

Partie 1
Voici quelques extraits issues de l’œuvre de  Tocqueville. Il est passionnant de voir que ses remarques restent encore autant d’actualité. Elles sont toutes riches d’enseignements pour notre époque. 


" Instruit de ses vrais intérêts, le peuple comprendrait que, pour profiter des biens de la société, il faut se soumettre à ses charges. "

" Chaque homme découvrira sans peine que pour lui l’intérêt particulier se confond avec l’intérêt général. "

" Aux Etats-Unis, comme dans tous les pays où le peuple règne, c’est la majorité qui gouverne au nom du peuple.
Cette majorité se compose principalement des citoyens paisibles qui, soit par goût, soit par intérêt, désirent sincèrement le bien du pays. Autour d’eux s’agitent sans cesse les partis, qui cherchent à les attirer dans leur sein et à s’en faire un appui. "

" Il n’est pas de grands hommes sans vertu ; sans respect des droits il n’y a pas de grand peuple : on peut presque dire qu’il n’y a pas de société ; car qu’est ce qu’une réunion d’êtres rationnels et intelligents dont la force est le seul lien ? "

" Lorsque l’enfant commence à se mouvoir au milieu des objets extérieurs, il n’a pas d’idée de la propriété des autres, pas même de celle de l’existence ; mais à mesure qu’il est averti du prix des choses, et qu’il découvre qu’on peut à son tour l’en dépouiller, il devient plus circonspect et finit par respecter dans ses semblables ce qu'il veut qu’on respecte en lui.
Est il besoin de le dire ? c’est qu’en Amérique il n’y a point de prolétaires. Chacun ayant un bien particulier à défendre, reconnaît en principe le droit de propriété. "

" Les Etats où les citoyens jouissent le plus anciennement de leurs droits (droits politiques) sont ceux où ils savent encore le mieux s’en servir.
On ne saurait trop le dire : il n’est rien de plus fécond en merveilles que l’art d’être libre ; mais il n’y a rien de plus dur que l’apprentissage de la liberté. Il n’en est pas de même du despotisme. Le despotisme se présente souvent comme le réparateur de tous les maux soufferts ; il est l’appui du bon droit, le soutien des opprimés et le fondateur de l’ordre. Les peuples s’endorment au sein de la prospérité momentanée qu’il fait naître ; et lorsqu’ils se réveillent, ils sont misérables. "

" L’avantage réel du gouvernement démocratique n’est pas de garantir les intérêts de tous, ainsi qu’on l’a prétendu quelquefois, mais seulement de protéger ceux du plus grand nombre. "

" Lorsque les ennemis de la démocratie prétendent qu’un seul fait mieux ce dont il se charge que le gouvernement de tous, il me semble qu’ils ont raison. Le gouvernement d’un seul, en supposant de part et d’autre égalité de lumières, mais plus de suite dans ses entreprises que la multitude ; il montre plus de persévérance, plus d’idée d’ensemble, plus de perfection de détail, un discernement plus juste dans le choix des hommes. Ceux qui nient ces choses n’ont jamais vu de république démocratique, ou n’ont jugé que sur un petit nombre d’exemples. "

" Sous l’empire de la liberté démocratique, ce n’est surtout pas ce qu’exécute l’administration publique qui est grand, c’est ce qu’on exécute sans elle et en dehors d’elle. Elle répand dans tout le corps social une inquiète activité, une force surabondante, une énergie qui n’existe jamais sans elle, et qui, pour peu que les circonstances soient favorables, peuvent enfanter des merveilles. "

" Aux Etats-Unis, les professions sont plus ou moins pénibles, plus ou moins lucratives, mais elles ne sont jamais ni hautes ni basses. Toute profession honnête est honorable. "

" Lorsque les conditions sont presque égales, les hommes changent sans cesse de place ; il y a encore une classe de valets et une classe de maîtres ; mais ce ne sont pas toujours les mêmes individus, ni surtout les mêmes familles qui les composent ; et il n’y a pas plus de perpétuité dans le commandement que dans l’obéissance. "

" Sous la démocratie, l’état de domesticité n’a rien qui dégrade, parce qu’il est librement choisi, passagèrement adopté, que l’opinion publique ne le flétrit point, et qu’il ne crée aucune inégalité permanente entre le serviteur et le maître. "

" La liberté de la presse ne fait pas seulement sentir son pouvoir sur les opinions politiques, mais encore sur toutes les opinions des hommes. Elle ne modifie pas seulement les lois, mais les mœurs.
J’avoue que je ne porte point à la liberté de la presse cet amour complet et instantané qu’on accorde aux choses souverainement bonnes de leur nature. Je l’aime par la considération des aux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait.
En matière de presse, il n’y a donc réellement pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. "

" En France, la presse réunit deux espèces de centralisations distinctes. Presque tout son pouvoir est concentré dans un même lieu, et pour ainsi dire dans les mêmes mains, car ses organes sont en très petit nombre.
Les Etats-Unis n’ont point de capitale : les lumières comme la puissance sont disséminées dans toutes les parties de cette vaste contrée ; les rayons de l’intelligence humaine ; au lieu de partir d’un centre commun ; s’y croisent donc en tous sens ; les Américains n’ont placé nulle part la direction générale de la pensée, non plus que celle des affaires.
Lorsqu’un grand nombre des organes de la presse parvient à marcher dans la même voie, leur influence à la longue devient presque irrésistible, et l’opinion publique, frappée toujours du même côté, finit par céder sous leurs coups. "

" Lorsque les hommes ne sont plus liés entre eux d’une manière solide et permanente, on ne saurait obtenir d’un grand nombre d’agir en commun, à moins de persuader à chacun de ceux dont le concours est nécessaire que son intérêt particulier l’oblige à unir volontairement ses efforts aux efforts de tous les autres.
Cela ne peut se faire habituellement et commodément qu’à l’aide d’un journal ; il n’y a qu’un journal qui puisse venir déposer au même moment dans mille esprits la même pensée.
Un journal est un conseiller qu’on n’a pas besoin d’aller chercher, mais qui se présente de lui-même et qui vous parle tous les jours et brièvement de l’affaire commune, sans vous déranger de vos affaires particulières.
Les journaux deviennent donc plus nécessaires à mesure que les hommes sont plus égaux et l’individualisme plus à craindre. Ce serait diminuer leur importance que de croire qu’ils ne servent qu’à garantir la liberté ; ils maintiennent la civilisation.
Un journal ne peut subsister qu’à la condition de reproduire une doctrine ou un sentiment commun à un grand nombre d’hommes.
Plus les conditions deviennent égales, moins les hommes sont individuellement forts, plus ils se laissent aisément aller au courant de la foule et ont de peine à se tenir seuls dans une opinion qu’elle abandonne. "


Quelques commentaires

Les droits et les devoirs du citoyen constituent pour Tocqueville, comme pour Rousseau, les deux aspects complémentaires du jeu démocratique dans lequel chacun est législateur et sujet. Aussitôt après avoir montré l’enjeu essentiel que constituent les droits du citoyen, Tocqueville reprend les thèmes et les termes même du pacte social. L’obéissance à la loi, la soumission volontaire de chacun à ses devoirs civiquesest de l’intérêt de tous.

La démocratie américaine donne l’exemple d’un système politique et économique dans lequel toutes les sources de gain proviennent du travail et du salaire ; dans ces conditions toutes les professions sont honorables. Une telle organisation sociale suppose l’existence de la liberté, tant politique qu’économique, et l’égalité des droits de chacun à accéder à toutes les professions, ce qui assure une mobilité sociale. A cette égalité-mobilité fondamentale Tocqueville opposera l’égalité absolue qu’il considère comme le risque le plus important de dérive aboutissant à la suppression de la propriété et donc de la liberté.

La démocratie favorise l’activité, l’homo democraticus est incapable de demeurer en repos, cette inquiétude, au sens pascalien du terme, favorise l’émulation, le développement économique et l’essor prodigieux de l’industrie si, comme aux Etats-Unis, l’administration n’est pas trop envahissante, et si le libéralisme économique va de pair avec le libéralisme politique.


Alexis de T. & Jean Baptiste S.
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