Les débuts d'un groupuscule
Cest en octobre 1972 que naquit le redouté Front National qui fit trembler
la droite et inquiété la gauche.
Les dirigeants du groupe dextrême droite Ordre nouveau pensent trouver en
Jean Marie Le Pen le dirigeant idéal pour fédérer les différents groupuscules qui
constituent lextrême droite de cette époque. Jean Marie Le Pen encore inconnu du
grand public avait déjà une grande expérience politique: Il avait été le légendaire
député Algérie française de 1956, fondateur jadis du front national des combattants,
et l'organisateur de la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1965,
alors représentant de lextrême droite aux élections.
Durant la période de sa création jusqu'à son envolé de 1983-1984, les va et vient se
multiplient entre le FN et les nombreux groupuscules dextrême droite.
A cette époque les résultats du FN sont peu significatifs et passent inaperçus au sein
de lopinion publique et des grandes formations politiques : aux législatives
de mars 1978, 156 candidats obtiennent 1.6% des suffrages.
Le FN passait pour un rassemblement de nostalgiques de lAlgérie française, qui
nétait plus en phase avec la société française. Les mouvements gaullistes et
giscardiens suffisaient à gérer lanticommunisme du peuple de droite. Curieusement
cest aussi à cette époque que Jean Marie Le Pen prônait un libéralisme de type
tatchérien qui ne rencontrait guère décho.
"Le 10 mai, les français ont franchi la
frontière qui sépare la nuit de la lumière " : Jack
Lang à l'occasion de l'élection de François Mitterrand.
1981 lélection de François Mitterrand bouscule le paysage politique :
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L'arrivée presque inattendue du nouveau
monarque bouscule les mentalités après un règne sans partage de la droite pendant 23
ans. Mitterrand est athée, mais il croit à l'enfer dans lequel il va précipiter ses
adversaires
De gauche à droite : Jean-Pierre Schénardi,
Jean -Pierre Stirbois et Pierre Sergent, "trois anciens " de la première heure
du parti. |
La peur de "la vague rouge"
entraîne les départs de grandes fortunes à létranger et langoisse
populaire des partisans de la droite, entraîne une précipitation vers lextrême
droite.
Bientôt léchec de la gauche au pouvoir qui prétendait " changer la
vie " avec sa politique économique désastreuse du gouvernement Mauroy, le
recul du marxisme et la détérioration permanente de limage de lURSS, vont
contribuer à lascension du FN et de la droite.
Le plan diabolique
Dès les cantonales de 82 la gauche recule de 7 points au
profit de la droite. François Mitterrand sirrite, le FN est un danger et la chute
de la gauche est inexorable, alors comment faire pour maîtriser et paralyser la
droite ? Il s'agit de définir une stratégie au plus vite.
La réponse arrive un jour de 11 septembre 1982, la polémique se déclenche : les
questions de " limmigration " et de " linsécurité "
commencent à être payantes, Jean-Pierre Stirbois une des figures du FN obtient 16.5 %
des suffrages à une élection partielle municipale à Dreux. Ce qui amène la droite
locale à constituer une liste dunion qui permet au candidat du FN dêtre élu
au deuxième tour avec 3 autres camarades.
Le monarque François Mitterrand sachant que cette alliance ne donnerait pas la majorité
à la gauche, sempresse de mettre en place une intense campagne " antifasciste ".
Ce qui déclenche bientôt, avec succès, une polémique au niveau national. La gauche
accuse la droite de pactiser avec "une émule dHitler".
Laccusation marche à merveille : Bernard Stasi et Simone Veil tombent dans le
piège et lui donnent raison, alors que Bernard Pons, secrétaire général du RPR
approuve laccord réalisé à Dreux pour battre lalliance socialo-communiste.
Quand à Jacques Chirac après avoir approuvé laccord, il le condamnera.
Les bases du piège sont posés, le test a été concluant. Le plan diabolique va pouvoir
être mis en place, il fonctionnera jusqu'en 1998...
Mitterrand n'aura plus peur de la Droite, le FN va pouvoir lui servir de rempart
Mais la gauche ne cessant de perdre ses électeurs voient ses voix reportées à droite,
dont une partie de plus en plus vers le FN. Elle se sait minoritaire. Ce FN commence à
être dangereux, et donne des frissons à François Mitterand. Celui ci sait que si une
alliance se dessine entre la droite traditionnelle et le FN, il sera perdu: "adieu
le pouvoir", qu'il a mis tant d'années à conquérir. Il faut trouver une
solution, "ce FN est bien trop difficile à maîtriser".
Lexemple de Dreux lui a fournit les éléments pour combattre efficacement cette
alliance. Désormais il suffira dagiter " lépouvantail du
fascisme " pour que la droite se croit obligée de céder au chantage, et
seffondrer comme un château de cartes.
Cependant Le FN continue ses coups spectaculaires :
Coup dur pour la gauche :en novembre 83, un candidat FN obtient 9.3% des suffrages à
Aulnay dans la traditionnelle " ceinture rouge ", et en
décembre cest Jean Marie Le Pen lui même qui, dans sa Bretagne natale, à la
Trinité-sur-Mer, enlève, contre toute attente, 12% des suffrages, lors dune
législative partielle.
A Aulnay-sous-Bois la droite avait fermé sa liste au FN au second tour...
Un événement va faciliter la tâche daffaiblissement de la droite entreprise par
François Mitterrand : un sondage national réalisé par la SOFRES auprès de
sympathisants RPR a révélé que 56 % dentre eux étaient favorables à une
alliance avec le FN, alors que seulement 7.2% se déclarent contre.
Jacques Chirac découvre alors que le FN est un ennemi pour sa formation. Il deviendra un
de ses ennemis irréductibles.
"Ouf !" Lalliance est écartée pour un moment.
La percée
Le 13 février 1984, Jean Marie Le Pen est invité à " lheure de
vérité ". Il fait "un véritable tabac", avec un taux
découte exceptionnel. Les français découvrent alors un homme jusque là inconnu.
Crédité de 3.5 % dintention de vote pour les prochaines élections européennes,
il passe à 7% après " lheure de vérité ". Et le jour du
scrutin, deux millions délecteurs lui assurent 11.2% des suffrages, ce qui était
inimaginable un an plus tôt.
Les cantonales de 1985 confirment le succès des européennes avec 10% environ de niveau
dinfluence nationale, remarquable performance, car ces élections se jouent sur la
notoriété locale, qui était inexistante pour les candidats du FN.
"Le voilà maintenant populaire", cela en est trop maintenant pour
Mitterrand. Il faut maîtriser " l'animal ".
Parallèlement à sa montée électorale, le parti se renforce : il compte plusieurs
dizaines de milliers d'adhérents ce qui est considérable , depuis que la France voit
fondre les effectifs de ses partis politiques et de ses syndicats. Entre 1984 et 1986, la "vieille
garde" des Stirbois, Holeindre, Chaboche ou Rebeau, se renforce de nouvelles
personnalités qui joueront un rôle important à l'avenir: Bruno Gollnisch, brillant
universitaire lyonnais, Jean Claude Martinez, spécialiste reconnu des finances publiques,
Pierre Vial universitaire et ancien secrétaire général du GRECE (nouvelle droite);
Bernard Antony, animateur de Chrétien-Solidarité, le pasteur Blanchard qui vient de
l'ultra gauche ; Pierre Sergent ancien chef de l'OAS-métro.
Et aussi tout un groupe de jeunes énarques et autres diplômés, Jean-Yves Le Gallou,
Bruno Mégret, Jean Claude Bardet, Yvan Blot qui se sont connus au club de l'horloge et
ont été déçus du RPR ou du mouvement giscardien.
La stratégie SOS Racisme
Un nouvel obstacle, inquiète le Président: la perspective des législatives. Ses
conseillers prévoient une victoire éclatante de la droite et une cohabitation du pouvoir
inévitable.
Pour limiter la casse électorale lors des législatives de 1986 et conscient quil
doit diviser la droite pour régner, il sempresse détablir le scrutin à la
proportionnelle quil a ressorti "des cartons" parmi ses " cent
dix propositions " de 1981.
La manuvre diabolique fonctionne, elle
atténue la défaite des socialistes et permet douvrir les portes de
lAssemblée Nationale à 35 députés FN.
Ne reste plus quà continuer à agiter lépouvantail fascisme-racisme et
empêcher toute alliance entre la droite et le FN.
Pour cela il va lancer SOS racisme.
Le Pen rencontre le président Reagan en 1987 et se
place dans une politique gaullienne en dénonçant l'impérialisme américain, .
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Cette association est contrôlée par
d'anciens trotskistes Harlem Désir et, Julien Dray membre du PS depuis 1981. Il va la
financer et la favoriser à l'automne 1984. Avec l'aide des médias l'organisation
remporte un immense succès auprès des jeunes : le 15 juin 1985 le concert antiraciste
rassemble plus de 300 000 jeunes sur les Champs Elysées ; douze heures gratuites de
musique rock. Avec la participation des grandes stars du moment: Alain Bashung, Jean
Jacques Goldman, Coluche, Guy Bedos. TF1 retransmet en direct la manifestation.
Le roi François peut se réjouir: les objectifs sont bien dessinés : inciter les jeunes
à voter à gauche, en maquillant cet objectif derrière un message moral et contrer le
FN.
SOS Racisme réussi même à glisser que tout ce qui n'est pas à gauche représente
l'injustice, le racisme, l'égoïsme
La propagande mitterandienne fonctionne à
merveille, l'avenir semble prometteur pour le monarque.
La droite tombe dans le piège savamment préparé, elle se soumet à
" linterdiction morale " de tout accord et de toute alliance
avec le FN.
Pour parachever le forfait François Mitterrand fait tout pour empêcher le FN
daccéder aux médias, afin de bloquer sa progression : il reste donc interdit
dantenne et privé de relais médiatiques. Malgré quelques titres de presse de la
mouvance du Front comme National Hebdo, Rivavol, Minute ou Le Français, il
n'y a pas de conquête de marché. La presse du FN reste marginale. Le système est bien
verrouillé.
Les présidentielles de 1988
Les élections présidentielles approchent, que faire pour conserver le fauteuil?
La gauche n'a cessé de s'affaiblir avec l'échec de sa politique.
Un événement inattendu va fournir à Mitterrand les armes pour sa stratégie de
division.
Surpris par la question dun journaliste, Le Pen tint des propos malheureux sur les
chambres à gaz comme étant " un détail de lhistoire de la seconde
guerre mondiale ". Ces propos vont être largement exploités sous la
conduite du Président, pour le diaboliser dans la perspective des élections de 1988. Il
organisera ainsi la pression médiatique qui ne cessera de guetter les moindres propos des
chefs du FN jusqu'à aujourdhui.
Bientôt la joie est à son comble, car les élections sannoncent difficiles pour la
droite : Raymond Barre annonce sa candidature et entre ainsi en compétition avec Jacques
Chirac, "plus" la bavure de Le Pen "les jeux sont faits" !
Mais de nouveau Le Pen surprend, malgré " le détail ", en
atteignant le record historique de 14.4 % de suffrages exprimés avec 4300 000 voix. "Décidément
il est agaçant ce Le Pen", aurait pu tenir comme propos Mitterrand.
Cependant le FN révèle à cette occasion son caractère composite, qui ne peut être
réduit à un électorat de droite pure : malgré la consigne de Le Pen de ne pas
voter pour le " pire " 57% des électeurs dont les voix
se sont portées initialement sur le chef du FN, vont se reporter vers Chirac, et 27 %
vers Mitterand alors que 16% sabstiennent ou se réfugient dans labstention ou
le vote blanc ou nul. Ce qui suffira au chef de la gauche pour reprendre son fauteuil.
LE FN quitte l'Assemblée Nationale
Ces performances brillantes prennent fin avec lalliance UDF-RPR, qui pour se
débarrasser du boulet encombrant du FN imposé par la gauche, sempresse de
rétablir un mode de scrutin majoritaire, accompagné dun découpage électoral
soigneusement établi par Charles Pasqua. Ce qui enlève tout espoir au FN daccéder
de nouveau à lAssemblée Nationale.
Les candidats du Front n'en devancent pas moins ceux de la droite traditionnelle dans 124
des 555 circonscriptions.
Seule Yann Piat est finalement élue dans le Var avant de quitter le parti pour rejoindre
la droite locale quelques mois plus tard.
Dans le même temps Bruno Mégret est chargé d'organiser la campagne présidentielle de
Le Pen et est promu aux fonctions de délégué général. Carl Lang accède au
secrétariat général après la mort accidentelle de Jean Pierre Stirbois en novembre
1988.
Mais laffaire du foulard islamique semble relancer la course du FN : elle
favorise lélection de Marie-France Stirbois qui sera la seule à représenter le FN
au palais bourbon de 1989 à 1993.
L'affaire Carpentras
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Encore une fois la chance est avec Mitterrand:
le 10 mai 1990 un événement inattendu survient: le cimetière juif de Carpentras est
profané !
De gauche à droite : Pierre Joxe, le grand rabbin
Sitruk et Lionel Jospin |
Les ordres du président sont transmis
aussitôt : dès l'annonce de l'odieux geste, le ministre de l'intérieur de l'époque,
Pierre Joxe dit "connaître les coupables". Il désigne implicitement le
FN. La meute des médias est lâchée, ils se déchaînent. Le FN n'a rien à voir avec
cette affaire, mais il est dénoncé comme le pourvoyeur des idées qui ont permis la
réalisation de ce geste abject.
Le FN s'affaiblit. Dans les mois qui suivent, les sondages montrent un recul dans la
confiance au FN. La guerre du golfe n'arrange rien, une partie de l'électorat du FN est
favorable à l'intervention des USA, alors que Le Pen s'y oppose et se rend à Bagdad pour
y rencontrer Saddam Hussein, et obtenir la libération de 45 otages français. L'Opinion
Publique donne finalement partiellement raison au chef du FN.
Les détracteurs du FN voyaient à cette époque une fin prochaine du parti politique
français le plus connu. Mais les troubles violents dans certaines banlieues notamment aux
Minguettes ou à Mantes-la-Jolie vont relancer la dynamique protestataire.
Maastricht
Les élections régionales de mars 92 voient encore progresser le FN avec 13,5 %
des voix contre 9,5 % 6 ans plus tôt.
Mais pour François Mitterand c'est le début des années noires avec l'effondrement de la
Gauche aux législatives de mars 93. C'est une occasion unique pour les candidats du
Front, qui sont présents au second tour dans une centaine de circonscriptions, le plus
souvent contre un autre candidat de droite. Un succès malgré le mode de scrutin
majoritaire qui interdit au FN les portes de l'Assemblée Nationale.
Les européennes de juin 94 vont porter un coup rude au FN avec la liste concurrente de
Philippe de Villiers qui s'est aussi très engagé contre l'Europe de Maastricht avec un
discours plus rassurant.
Michel Rocard d'influence grandissante commence à faire de l'ombre à Mitterrand qui met
en place une liste menée par Bernard Tapie pour torpiller la liste de Rocard mais aussi
pour faire de la surenchère contre Maastricht: "deux pierres d'un coup" :
Le FN récupère 10,5 % des voix seulement mais avec les voix de De Villiers on atteint
presque 25 % des suffrages
De quoi à inquiéter la gauche et la droite
traditionnelle.
La fin du règne
Avril 95, c'est la fin du long règne Mitterrand, qui doit céder son trône à son
successeur. Il laisse le soin à ses héritiers de poursuivre sa stratégie anti FN et
anti droite traditionnelle.
Le Pen de nouveau candidat entreprend une revanche éclatante en obtenant 15 % des voix.
Il améliore encore une fois son score précédent, face aux deux candidats de la droite
classique, Jacques Chirac et Edouard Balladur, devancés par Lionel Jospin. Ils piétinent
l'un et l'autre sous la barre des 20 %.
Le Pen rassemble 19 % des jeunes de moins de 25 ans. Son avenir semble conforté.
Jacques Chirac est finalement élu au second tour mais encore
une fois une partie des votes lepenistes lui a fait défaut, Jean Marie Le Pen ayant
laissé la liberté de vote à ses électeurs.
Il n'a pas oublié le blocus que Chirac a imposé à son parti.
Mitterrand quitte la scène politique, malade et affaibli, après avoir manuvré de
façon machiavélique contre la Droite mais aussi contre son propre camp, afin de
conserver le pouvoir. Le pouvoir qu'il a désiré ardemment pendant plus de 20 ans avant
de pouvoir enfin accéder à la première place.
Malgré toute la stratégie qu'il a pu développer contre le FN dont il a façonné
l'image, il n'a pas réussi à affaiblir cette formation politique. Quelques éléments
lui échappaient: le peuple français reste souverain de ses décisions, et 15 % des
français avaient décidé de donner raison régulièrement au Front National
Fin de la première partie
Deuxième partie : les tentatives d'union ou l'affaire Millon
Alexis et Jean-Baptiste
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