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| Histoire Politique | Le jour où Chirac donna son feu vert au Front national |
par Claude Reichman |
| Yves-Marie Adeline a été directeur de cabinet de Jean
Arthuis, président CDS du conseil général de la Mayenne, puis conseiller de Jean-Marie
Le Chevallier, maire Front national de Toulon. Il relate son expérience dans un ouvrage
de belle facture, dont le titre , " La droite où lon narrive
jamais
", résume à merveille le mal qui frappe cette partie de
lopinion, privée depuis trop longtemps dune représentation politique digne
delle et de ce fait écartée dun pouvoir que sa situation majoritaire dans le
pays devrait lui assurer. Mais quon ne sy trompe pas : au delà des
anecdotes savoureuses et de la peinture amusée des murs politiciennes de notre
pays, ce livre est un réquisitoire implacable contre ce que le général de Gaulle
appelait " le système " et qui lest vite redevenu sous la Ve
République. Pour tout dire, Yves-Marie Adeline, qui est royaliste, considère que la
France vit sous un régime qui na pas fondamentalement changé depuis la révolution
de 1789 et quil ne sert pas à grand chose " daccéder
momentanément aux commandes dun régime qui dans ses fondations mêmes est de
gauche, et qui dans son fonctionnement, dans lexpression quotidienne et
lenseignement de ses valeurs, reste de gauche ". Cest
dailleurs parce quil nappartenait ni au CDS ni au FN quAdeline a
pu, tout en servant loyalement Arthuis puis Le Chevallier, garder vis à vis des
évènements une distance qui donne autant de force à son témoignage et à ses analyses. Mais le plus intéressant de son livre est dans les révélations quil livre sur ce quil faut bien appeler le tournant historique de 1998. Cette année-là ont lieu les élections régionales. La gauche est minoritaire partout, sauf en Limousin. Et pourtant elle va semparer de nombreuses régions, parce que la droite va lui en faire cadeau. Le lendemain de ce dimanche électoral, le téléphone sonne dans le bureau de Le Chevallier. Cest Alain Madelin. Les deux homme se connaissent bien depuis les cabinets ministériels du temps de Giscard. " Madelin se désole de voir sécrouler tout lédifice régional, et la gauche sen tirer à si bon compte " et " propose un marché. Puisque le FN est majoritaire en Paca, il est normal quil en ait la présidence. Mais naturellement, le FN renvoie lascenseur au moins en Ile-de-France. " " Cest ce quil faut faire, évidemment, répond Le Chevallier. " Selon Madelin, la manuvre nest possible que si le candidat FN à la présidence de Paca nest ni Le Pen, ni Mégret, trop marqués, mais Le Chevallier lui-même. Il y a certes lobstacle Léotard, bien décidé à offrir la région au socialiste Vauzelle, mais Madelin se fait fort de rallier à son point de vue un certain nombre délus UDF. Cela ne fait toutefois pas le compte. Il faut aussi des conseillers régionaux RPR. Un important personnage va alors " frapper à la plus haute porte ", chez Chirac. " Au début, le Président nétait pas très chaud. Mais son interlocuteur lui fit valoir quavec Le Chevallier, ce nétait pas pareil, que ça naurait pas le même effet dans les médias. Chirac sest laissé convaincre, il a accepté de fermer les yeux, en donnant cette consigne : ² Bon, daccord. mais pas vu, pas pris, hein ! ² " Restait à convaincre Le Pen lui-même. Mais celui-ci est inflexible : " Cest moi ou rien. " On peut comprendre que pour un chef de parti, lidée que dautres que lui décident qui doit être candidat à un mandat important soit insupportable. Mais Yves-Marie Adeline fait remarquer quaprès tout Le Pen, qui ne sétait pas présenté personnellement aux législatives de 1997, aurait pu accepter en faisant valoir que " sa circonscription, cétait la France. " Et les conséquences eussent été immenses. " Car avec cela, un président FN en Provence, élu avec les voix UDF-RPR, et des présidents UDF-RPR élus partout ailleurs avec les voix FN, il nétait plus possible à la gauche denvoyer ses nervis aux quatre coins de France. Ce fut possible en Rhône-Alpes contre Charles Millon ; mais si tout avait basculé ? " Et Adeline de conclure : "Comme dhabitude, lhistoire na pas repassé les plats. Bien au contraire : cette erreur stratégique, qui la conduit (Le Pen) à vouloir attendre encore, assécher totalement le marigot avant de prendre des responsabilités importantes, marque la fin de lascension du FN. Après cela, cest la descente qui commence. De même que les législatives 1997 marquent la fin de la droite, en ce quelle ne peut plus se démarquer de la gauche, la présidence manquée de la Paca marque le commencement du déclin pour le FN. " Alors occasion manquée ou échec programmé dû à des désaccords fondamentaux sur la nature des réformes à accomplir dans le pays ? Lhistoire le dira. En attendant, la gauche est toujours là, et bien là. Claude Reichman Yves-Marie Adeline, " La droite où lon narrive jamais ", entretiens avec Hugues de Soyecourt, 317 pages, 49 F , Editions Sicre, 22 rue Didot 75014 Paris, tel : 01 45 41 29 29
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