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Politique


LE PEN PRESIDENT OU : QUAND LE CADAVRE DE MITTERRAND N'EN FINIT PLUS DE BOUGER

Jean Yves Bidet
Abstract. La responsabilité de la gauche dans le triomphe de LE PEN est écrasante. Comme attendu, la droite "institutionnelle" n'a pas su le dire. Mais le "Menhir" doit aussi ses succès à sa cohérence. La France s'apprête à vivre un "mai 68 bis" d'envergure médiocre. 

S'il y avait eu un Grand- Prix- de- La- Posture- Morale- Pleine- de- Dignité au soir du premier tour de la Présidentielle, on n'aurait guère su à qui l'attribuer. A Noël MAMERE, tout brûlant de rhétorique anti- franquiste ("Ils ne passeront pas!")? A Martine AUBRY dont le "tropisme lacrymal" pourrait rendre "Arlette" jalouse? A Olivier BESANCENOT, le gentil facteur, si complaisamment oublieux des milliers de Russes assassinés par Trotski tant qu'il fut dans les "petits papiers" du pouvoir bolchévique? 

Cette "soirée électorale" du premier tour a été surréaliste. Stupéfiante reste l'absence d'auto- critique socialiste. Dans la fuite des responsabilités, c'est Vincent PEILLON qui aura été le "meilleur": la défaite de JOSPIN, c'est la faute aux médias (qui ont "trop parlé de sécurité": vieille méthode socialiste: brisons le thermomètre puisqu'on ne fait rien pour combattre le mal), c'est la faute aux sondages, c'est la faute aux partenaires "pluriels"... N'en voulons pas trop au P.S.: ce 21 mars, il a découvert qu'il était un parti "bourgeois" (on s'en doutait un peu...), et ça fait mal... 

Mais que dire des "tribuns" de la droite?! A l'exception notable de MADELIN (qui prévoit déjà une nouvelle cohabitation) et de MILLON, ils ont été, sans surprise il est vrai, nuls. AUCUN n'a su rappeler à la gauche que le succès lepéniste lui était largement imputable. 

Si l'on compte bien, la "qualification" de LE PEN pour le deuxième tour est le SIXIEME SUCCES DU "MENHIR" en 19 ans. Premier succès: les Municipales de 1983: en deux années de pouvoir, les socialo- communistes ont réussi l'exploit de "fabriquer" deux millions de pauvres supplémentaires. A l'époque, on ne parle pas encore d' "exclus", mais c'est bien eux déjà qui vont voter F.N.. Deuxième succès: la perspective d'une victoire de la droite modérée aux Législatives de 1986 incite MITTERRAND à rétablir la "proportionnelle"; il s'agit de rendre l'extrême- droite assez forte pour que la droite républicaine ne soit pas majoritaire. Essai non transformé: il y eut bien des députés frontistes (on n'en avait plus vu depuis les années 50), mais la droite institutionnelle l'emporta. Le "mal", pourtant, était fait, puisqu'avoir des députés, c'est avoir de l'audience, une assise territoriale, des moyens. Troisième succès: les Municipales de 95, où quelques villes du Sud, lassées déjà du laxisme sécuritaire de la gauche comme de la droite (intellectuellement terrorisée), se jetèrent dans les bras extrémistes. Quatrième succès: les Législatives de 97: une cinquantaine de "triangulaires" au deuxième tour permit à la gauche de l'emporter. CURIEUSEMENT, ON NE VIT PAS LES "GRANDES CONSCIENCES" SOCIALISTES POUSSER DES CRIS D'ORFRAIE... NORMAL: LA MORALE POLITIQUE DE LA GAUCHE EST A GEOMETRIE VARIABLE. Cinquième succès: le F.N. a "digéré" la dissidence mégrétiste (quand l'U.D.F., par exemple, ne digérait pas la défection des libéraux). 

Le sixième succès, lui, date donc de ce 21 avril. "Séisme" dit- on, même si, au vu de ce qui précède, il n'était pas si improbable que ça. Mais, encore une fois, comment se fait- il qu'aucune voix de droite n'ait profité des micros pour mettre le nez de la gauche dans son caca (sorry!). LA RESPONSABILITE DE LA GAUCHE, qui a oscillé, avec le F.N., entre le cynique calcul électoral et l'incurie ou l'impéritie dans le vrai traitement des problèmes des "vrais gens", CETTE RESPONSABILITE EST ECRASANTE. Le triomphe du "Menhir" est L'ULTIME SURSAUT (on l'espère!) DU CADAVRE DE MITTERRAND. 

Reste que LE PEN a gagné AUSSI sur ses qualités, et sur les faiblesses adverses. 

Les qualités, c'est d'abord une patience et une obstination toutes... mitterrandiennes. Mais c'est peut- être surtout la COHERENCE. Comme le leader frontiste l'a dit lui- même durant sa campagne, les maux qu'il dénonce en 2002 sont les mêmes ... qu'en 1983: insécurité, immigration, chômage. Ces maux n'ont pas été guéris, ils ont même empiré: les Français ne sont pas aveugles, et, du coup, LE PEN leur apparaît comme un prophète inspiré. C'est assez dire que le vote LE PEN n'est PAS DU TOUT UN VOTE "PROTESTATAIRE", comme on le dit si bêtement, mais, malheureusement, un vote d'espoir... 

Les faiblesses adverses, maintenant. Que la gauche plurielle ait eu cinq candidats (JOSPIN, MAMERE, CHEVENEMENT, HUE, TAUBIRA) ne constituait pas une faiblesse en soi. Ce qui l'était, en revanche, c'était, comme l'ont fait MAMERE, CHEVENEMENT et HUE, de "taper comme des sourds" sur le "bilan JOSPIN" - sans avoir jamais renié la coalition gouvernementale! Ca ne les a guère servis, ça n'a guère facilité la tâche du Premier Ministre, et c'était incohérent (1). 

Pour ce qui est de la droite, il y a eu trop d'occasions ratées, ces derniers vingt ans (86, 93, 95), pour que, là aussi, se dégage une impression de cohérence, ou même, plus gravement, de conviction. 

Tout de même: quelle campagne de faible qualité nous aurons vécue! Quand fut- il question de politique étrangère? De défense? De lutte contre l'hyper- terrorisme? Jusqu'au mot "immigration" qui ne fut quasiment jamais prononcé! Ou plutôt, si: des "experts" de tout poil continuèrent de marteler qu'elle était inéluctable et bénéfique - ce qui est sans doute vrai pour un pays comme le nôtre qui n'assure pas le renouvellement des générations et qui aura besoin de main d'œuvre. Mais le résultat ELECTORAL est là: LE PEN arrive en tête dans presque tous les départements frontaliers - ceux- là même qui subissent en première ligne les chocs migratoires... 

Les journaux de ce 22 avril titrent sur le "choc", le "séisme". Est- ce à dire que la France n'aurait jamais vécu de situation semblable à la confrontation LE PEN/CHIRAC? 

J'en vois une pourtant. Nous sommes dans une sorte de "mai 1958 bis", lorsqu'il fallait au pays choisir entre DE GAULLE ou les paras de l'armée d'Algérie. La gauche, déjà, manifestait, bien vainement, mais taxer et manifester, c'est à peu près tout ce qu'elle sait faire... En 2002, au lieu des paras, nous avons LE PEN, vieil éditeur de disques fatigué, bateleur talentueux aux amitiés nationales et internationales douteuses. Au lieu de DE GAULLE, nous avons Jacques CHIRAC, l'homme aux casseroles innombrables, l'homme sans convictions. Que voulez- vous? Dans la France du troisième millénaire, dans la France sclérosée, déclinante, irréformable et ringarde, même les séismes sont médiocres.

J.- Y. BIDET

22 avril 2002

jybidet@club-internet.fr

 NOTE

 1) En 1945, Winston CHURCHILL perdit les Législatives britanniques. Après avoir été le grand artisan, durant les années de guerre, de l' "Union Sacrée" conservateurs/travaillistes, le grand homme, une fois la paix revenue, retrouva la rhétorique habituelle de campagne, et tira à boulets rouges sur ses adversaires du Labour. Les électeurs ne comprirent pas ce virage à 180 degrés, et renvoyèrent Winston dans ses foyers!

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