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| Politique | Sur le caractère inconstitutionnel de lexigence des 500 parrainages préalables instaurée par la loi du 18 juin 1976 | Louis Mélénnec |
| Les graves anomalies dans le déroulement de la campagne
présidentielle - loccultation de la situation du pays, en particulier des chiffres
de la criminalité, et du déficit public; labsence de débat ; surtout de la
discrimination à légard de certains candidats à raison de leurs opinions
politiques mont conduit avec dautres candidats, à consulter plusieurs
spécialistes réputés en droit public. Dans lattente de la consultation en cours
de rédaction, qui sera rendue publique, je vous fais part de leurs conclusions
convergentes : 1. Sur lintention des auteurs et des réformateurs de la Constitution En proposant au peuple Français, en 1962, que le Président de la République soit élu au suffrage universel, le Général De Gaulle et son gouvernement ont entendu, de manière péremptoire, soustraire cette élection au jeu néfaste des partis politiques, et instaurer un scrutin libre et sans entrave, afin que le chef de lEtat, investi de la seule confiance de la Nation souveraine, nait de politique à mener que la sienne, et de comptes à rendre quà elle. Une simple loi organique, votée le 18 juin 1976 a donc anéanti lintention des constituants, très clairement comme par dinnombrables publications. 2. Sur la lettre de la Constitution Aux termes de larticle 6 de la Constitution, " le Président de la République est élu au suffrage universel direct ". Ces dispositions, claires et formelles, sont péremptoirement contredites dans les faits : Les candidats ne sont pas élus au suffrage universel mais pré-selectionnés, dans l establishment, par un corps de grands électeurs. Malgré les apparences formelles dune élection, le peuple est totalement dépouillé du pouvoir souverain que lui attribue la Constitution. Le scrutin nest pas direct, selon les exigences de la Constitution, mais à deux degrés, cest-à-dire indirect. La lettre de la Constitution est bafouée ; le système des 500 signatures est un marché captif : le Président nest pas lélu du peuple, mais des partis dominants. Le peuple ne remplit plus - et encore - quun rôle de confirmation du choix opéré en dehors de lui. 3. Lesprit de la Constitution La Constitution fait du Président de la République la clé de voûte de nos Institutions, un arbitre résolument situé au-dessus du jeu des partis, symbolisant lintérêt général et les intérêts permanents de la Nation. Dans le système actuel, le Président de la République nest pas seulement lélu de la coterie qui la choisi : il en est lotage. Les grands électeurs qui lont sélectionné sont ses clients politiques, avec les marchandages odieux que cela comporte, avant, pendant, après les élections ; il est dans lobligation de leur donner des gages pour obtenir leur suffrage. Ce nest plus la politique de la Nation qui sert dinspiration à ses actes, mais les intérêts du groupe qui la porté au pouvoir. Les deux derniers Présidents en exercice ont illustré dune manière lamentable cette situation : ils nont, à aucun moment, symbolisés les intérêts de la Nation, ils ont été les hommes de parti, rien dautre. 4. Sur les principes généraux du Droit Aux termes de la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, en tous points conforme aux principes généraux du Droit et au Droit européen, deux situations juridiquement identiques doivent être traitées juridiquement de la même manière. La situation actuelle, créée par la loi de 1976, aboutit aux conséquences suivantes, effarantes : des candidats aussi insignifiants que Melle Laguillier, Mme Bouchardeau, Ms Krivine, et autres, ont eu et ont accès au scrutin et aux médias nationaux, alors que des candidats comme Ms Le Pen et Mégret, qui représentent potentiellement 10 à 15 % des voix, et auraient des chances sérieuses dêtre élus si laccès aux médias ne leur était pas interdit, sont purement et simplement exclus du débat. Cest une insulte au Droit et à la Démocratie, cest-à-dire aux Français. 5. Enfin le système a engendré une série deffets pervers gravement préjudiciables au pays La désaffectation des citoyens à légard de lélection présidentielle, qui devrait être lun des moments forts dans la vie de notre démocratie, est dramatique ; lélection leur échappant totalement, le taux des abstentions sélève de scrutin en scrutin. Labsence de débat national : les candidats étant issus du consensus des appareils des partis, et non pas dune saine compétition nationale, non seulement ne prennent plus la peine délaborer le moindre programme, mais au contraire évitent avec soin les vrais débats, en noyant les problèmes sous une logomachie déshonorante. Les pressions de toutes natures exercées sur les grands électeurs, dont certaines extrêmement choquantes ( chantages pour les élections futures, les subventions, etc. ). Ce problème, si nous sommes bien informés, est à notre parfaite connaissance. Lélimination des meilleurs. La libre compétition voulue par les réformateurs de 1962 avait pour but de permettre aux meilleurs de se présenter aux suffrages des électeurs. Le système actuel, tout entier fondé sur les manuvres politiciennes, ne propulse sur le devant de la scène que les plus médiocres. Si le pays, gravement en crise se trouvait avoir besoin de lhomme providentiel, seul capable de mener à bien une politique de redressement, les magouilles des partis, en le privant des parrainages nécessaires, lexcluraient des débats : la Nation est vouée à rester prisonnière des plus mauvais. Ce que confirme, de lavis unanime, la campagne actuelle. Aussi lexigence des 500 parrainages instaurée par la loi organique du 18 juin 1976, est frappée de trois vices majeurs : Elle est contraire à la Constitution Elle est contraire aux principes généraux du Droit Elle est contraire aux exigences de la Démocratie Le plus grave est que le candidat qui sortira des urnes, au mois de mai, naura aucune légitimité ni constitutionnelle, ni démocratique. Jai tenu à vous saisir de ce grave problème. Vous ne pouvez douter, que jexercerais en temps utile, parallèlement aux actions menées par les autres candidats, le recours nécessaire. Louis Mélénnec
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