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Politique

 

Chirac doit renoncer à se présenter

 

Claude Reichman

En dépit des sondages de second tour, qui pour la plupart le donnent gagnant de justesse mais qui n’ont pas grand sens tant que le premier tour n’a pas eu lieu, Jacques Chirac est si mal parti dans la compétition présidentielle qu’il serait bien avisé de s’en retirer dès à présent, s’il a le moindre souci de ne pas offrir l’Elysée sur un plateau à Lionel Jospin. En effet les sondages de crédibilité de l’actuel président de la République sont catastrophiques. Le Figaro a publié le 15 janvier dernier une enquête de l’institut Ipsos dont il ressort que les Français font largement plus confiance à Lionel Jospin qu’à Jacques Chirac pour " permettre la progression du niveau de vie, réduire durablement le chômage, baisser les impôts et les taxes, protéger les plus démunis contre l’exclusion sociale, réduire les inégalités des revenus, préserver les acquis sociaux, garantir l’avenir des retraites, donner plus de pouvoir de décision aux citoyens, moderniser le fonctionnement de la démocratie, réformer l’école et l’Education nationale, et faire face aux menaces qui pèsent sur l’environnement et la qualité de la vie. " Jacques Chirac ne devance son concurrent que dans les domaines régaliens, ce qui est normal étant donné son actuel statut présidentiel, mais qui deviendra nettement moins évident dès qu’il revêtira les habits du candidat. En résumé, on peut dire que, selon cette enquête, pour tout ce qui concerne leur vie quotidienne, à l’exception de l’insécurité, les Français font largement plus confiance à Jospin qu’à Chirac. Or c’est sur ce terrain, et non pas sur celui, beaucoup plus éloigné de leurs préoccupations, des institutions ou de la place de la France dans le monde, que se jouera l’élection. Déjà placé en position plus que délicate en raison du manque de réserves, puisque le total des voix de la droite parlementaire ne dépasse pas 40 % au premier tour, Jacques Chirac est victime d’un véritable effondrement de son image personnelle. Ce séisme s’explique assez aisément. Du jour où ils ont vu se profiler l’élection présidentielle, les Français se sont souvenus des innombrables promesses non tenues de Jacques Chirac et, confrontés à l’idée de sa réélection, ont considéré que les nouvelles promesses qu’il n’allait pas manquer de faire à cette occasion ne mériteraient pas d’être crues.

 

 

En terminer avec les affaires dans l’honneur

Que peut faire Jacques Chirac ? Aller jusqu’au bout de sa candidature ? Il sera de toute évidence battu et les élections législatives qui suivront au mois de juin donneront une majorité à Lionel Jospin. Alors que s’il décide de ne pas se représenter, arguant de la nécessité du changement, il laissera leurs chances aux autres candidats de droite de l’emporter, et à cette dernière la possibilité et la nécessité de se renouveler.

Restera le problème des ennuis judiciaires de l’actuel président. Je suis personnellement partisan d’une large amnistie non seulement des faits le concernant, mais de tous ceux qui ont rapport avec la vie politique. Ma position n’est pas motivée par l’indulgence, mais par un souci démocratique. Il n’est pas bon que les affaires constituent l’essentiel de la chronique politique. Les citoyens en sont, à juste titre, dégoûtés et se détournent des urnes. Et les juges deviennent les principaux acteurs du pouvoir, alors qu’ils n’en ont ni la mission ni la légitimité. Les Allemands ont su terminer dans l’honneur l’affaire où l’ancien chancelier Helmut Kohl était impliqué. Certes celui-ci a été l’artisan de la réunification allemande, quand Jacques Chirac n’a pas même su unir son camp, mais l’un comme l’autre ont représenté leur pays au plus haut niveau, et le prestige national ne peut que souffrir d’une sanction judiciaire humiliante infligée à quelqu’un qui est ou a été le premier d’entre les citoyens. C’est d’ailleurs, de façon plus générale, l’opinion des électeurs français qui n’ont pas hésité à réélire des maires et des députés condamnés par la justice. Qu’on le veuille ou non, dans l’esprit des citoyens, l’élection vaut absolution. Quant à la moralisation de la vie publique, elle s’obtiendra bien plus par le renouvellement de la classe politique que par la condamnation infamante de quelques politiciens.

La France est au bord de l’anarchie. L’Etat a perdu toute autorité et ceux qui l’incarnent tout crédit, même si le déficit de certains est moindre que celui des autres. Jacques Chirac ne peut ignorer qu’il n’aura plus jamais l’autorité nécessaire pour remettre le pays dans le bon chemin. En se retirant, il rendra hommage à la démocratie. Et y gagnera la reconnaissance que son exercice du pouvoir ne saurait lui valoir. En d’autres termes, pour n’être plus coupable, il lui faut être responsable.

Claude Reichman



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