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Politique

Ce que veulent les Français, c’est être enfin bien gouvernés

par Claude Reichman
Quand nous aurons trouvé ceux qui ont fait ça, ils ne m’aimeront pas comme président. Ils vont payer ! " Le premier moment de stupeur passé, George W. Bush avait pris ses résolutions. Et il les a mises en œuvre. Trois mois près les attaques terroristes du 11 septembre contre les Etats-Unis, ceux-ci ont vaincu le régime des talibans et l’organisation de Ben Laden en Afghanistan. Une guerre est gagnée, une autre commence. Elle sera longue, difficile et moins spectaculaire, car il va s’agir d’éradiquer, partout dans le monde, le terrorisme, ses réseaux et ses soutiens. Mais elle sera gagnée aussi. Pour peu que Dieu prête vie au président des Etats-Unis et qu’il soit réélu pour un second mandat. Car ces résultats ne peuvent s’obtenir que sur la durée.

L’Amérique et le monde paient huit années de laxisme de l’administration Clinton. Un pays mal gouverné, ce sont aussi des services démotivés et désorganisés. La CIA et le FBI ont été sévèrement critiqués. A juste titre. Ils savaient que des attentats se préparaient, mais ont voulu croire qu’ils auraient lieu à l’extérieur du territoire américain. Ils n’ont pas prêté attention aux informations qui laissaient entendre le contraire. Bref, ils n’ont pas fait leur métier. Et leur chef suprême non plus. Occupé à séduire de jeunes stagiaires dans les recoins de la Maison Blanche et à se défendre devant la justice et l’opinion publique, M. Clinton n’a pas rendu service à son pays. L’histoire le jugera sans indulgence, même s’il n’a pas affaibli le potentiel militaire des Etat Unis, dont on a pu mesurer, en Afghanistan, l’extraordinaire technicité et la puissance.

La politique, qu’il s’agisse de la guerre ou de la paix, est affaire de détermination. L’Union soviétique et le communisme n’auraient pas été vaincus si Ronald Reagan ne s’était pas réveillé chaque matin avec l’idée de régler leur compte à " ces fils de pute ", comme il les appelait, et s’il n’avait passé ses journées à tout faire pour y parvenir. Huit ans après son accession au pouvoir, le but était atteint, et le monde débarrassé d’un fléau qui avait tué 80 millions d’hommes et de femmes pendant son règne maléfique.

 

Tout est affaire d’hommes

L’Occident compte peu de dirigeants déterminés. En Europe, seul Tony Blair s’est comporté en chef, apportant un soutien sans faille à l’Amérique. Les autres responsables européens ont flotté lamentablement. Jacques Chirac n’a pas fait exception. Présent aux Etats-Unis aussitôt après le 11 septembre, il a su trouver les mots qu’il fallait pour exprimer l’émotion et le soutien du peuple français, mais rien n’a suivi. L’Europe, à l’exception de l’Angleterre, a été absente militairement et politiquement. L’euro n’accomplira pas de miracles. La monnaie unique ne créera ni le courage, ni la détermination chez les dirigeants européens. Tout est affaire d’hommes. En France, la classe politique est, pour l’essentiel, issue de l’administration. Quand on devient fonctionnaire, c’est qu’on n’a pas l’âme d’un chef. Tout au plus d’un petit chef. La France est gouvernée à la petite semaine par de petits chefs. Depuis des lustres. Pierre Messmer avec qui je commentais récemment la médiocrité du personnel politique dans notre pays, me confia cette réflexion : "  C’est vrai. Nous n’avons pas de chance en ce moment. " Mais ce manque de chance a des raisons précises. Quand le cursus honorum républicain passe par la réussite à quelques examens et l’accès à la haute administration, et non par les succès dans la vie professionnelle et sociale, il ne faut pas s’étonner d’être mal gouverné. Tant que la société civile n’aura pas repris le pouvoir aux fonctionnaires, il en ira ainsi. Bien entendu, la caste énarchique a su organiser sa défense. C’est elle qui nomme aux principaux emplois de l’Etat et même des affaires, où le carnet d’adresse, en France du moins, compte souvent plus que la compétence. C’est elle aussi qui musèle une presse écrite et audiovisuelle qui vit pour l’essentiel non pas de ceux qui la lisent, l’écoutent et la regardent, mais des quelques décideurs qui lui confient leur publicité et qui ne sont jamais indifférents aux suggestions du pouvoir d’Etat, dont leur champ d’activité et leur chiffre d’affaires dépendent très souvent.

Et c’est ainsi que nous vivons dans une société verrouillée, où les problèmes s’accumulent sans qu’aucun d’entre eux ne soit jamais réglé. Qui ne voit que l’explosion est inévitable ? Formons le vœu qu’elle se fasse par l’élection, et non par l’insurrection. C’est tout l’enjeu de la campagne présidentielle. La recherche du troisième homme n’a en réalité pas d’autre sens. Ce que veulent les Français, c’est être enfin bien gouvernés. Et ce qu’ils attendent, ce n’est pas un troisième ou un quatrième homme. Mais un homme, tout simplement.

par Claude Reichman

 

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