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| Politique | Jospin ment aux Français et massacre lemploi |
Claude Reichman |
| La fin effective du monopole de la sécurité sociale en
France avait été fixée au 24 avril 2002 par le gouvernement, en accord avec la
Commission européenne. M. Jospin vient de la repousser à la fin de lannée, ce qui
soulève la colère de Bruxelles et risque fort de se traduire par une nouvelle procédure
de manquement contre la France. Notre pays pourrait se voir condamné par la Cour de
justice des communautés européennes (CJCE) à dimportantes astreintes
quotidiennes, qui seront dues même si la France se met en règle au terme du nouveau
délai quelle sest unilatéralement accordé. Voilà cinq ans que M. Jospin freine des quatre fers afin de retarder le plus possible lentrée en vigueur des dispositions européennes. Les pressions que nous avons inlassablement exercées tant sur les pouvoirs publics que sur la Commission de Bruxelles avaient pourtant fini par contraindre le gouvernement à transposer, par une ordonnance du 19 avril 2001, les dispositions des directives 92/49/CEE et 92/96/CEE qui ne lavaient pas encore été. Mais au moment de sauter définitivement le pas, M. Jospin a de nouveau reculé : " Encore une minute, Monsieur le bourreau. " Si M. Jospin a tant de mal à se conformer à ses obligations communautaires, cest quil obéit aux souhaits de la Mutualité française, dont on sait les liens étroits qui lunissent au parti socialiste. Les mutualistes ont résisté aussi longtemps quils lont pu à la nécessité, édictée par les directives européennes, de séparer leurs activités dassurance de leurs entreprises de soins, afin de maintenir les flux financiers entre les unes et les autres, ce qui leur permettait de payer les déficits de leurs cliniques avec largent des preneurs dassurance, et éventuellement dutiliser celui-ci à dautres fins. Aujourdhui, avec la complicité de M. Jospin, ils tentent de gagner encore un peu de temps afin de retarder larrivée sur le marché des assureurs privés français et étrangers. Et tout ceci se fait au détriment des entreprises françaises et de lemploi. 500 000 entreprises au tapis Nul ne doute en effet que la concurrence fera fortement baisser le coût de la protection sociale. Or celle-ci est la charge qui pénalise le plus les entreprises, notamment les PME ainsi que les travailleurs indépendants, qui sont les seuls à pouvoir créer des emplois dans notre pays. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers dentreprises françaises disparaissent, terrassées par les charges sociales. En cinq ans, M. Jospin a ainsi envoyé au tapis 500 000 entreprises et au moins deux millions de salariés pour ne pas nuire aux intérêts de la Mutualité français et du parti socialiste. Disons le sans détour : cest une attitude honteuse, qui devrait lui valoir non seulement une sanction politique mais aussi des poursuites devant la Cour de justice de la République, car le chef du gouvernement sest mis hors la loi européenne, qui est aussi, en vertu dune jurisprudence depuis longtemps établie (Arrêt Simmenthal, CJCE, 1978), la loi nationale. M. Jospin, de plus, ment au pays. La-t-on entendu, depuis quil a fini par transposer, lan dernier, la partie manquante des directives européennes, faire connaître aux Français les nouveaux droits quils tiennent de ces textes, à savoir ceux de sassurer librement pour la maladie, la retraite, le chômage, les accidents du travail ? Comme sur son passé trotskiste, il garde le silence. Jospin, Monsieur Propre ? Allons donc ! Cest un personnage fourbe et dissimulé, qui défend des intérêts bien particuliers contre lintérêt national. Mais, dans cette distribution de compliments, je ne voudrais oublier ni lopposition, ni la presse. Sil est un homme qui connaît bien le problème des directives européennes, cest M. Balladur. Son gouvernement en a transposé la plus grande partie en 1994. La-t-on entendu sexprimer sur ce sujet depuis ? A-t-il seulement tenu Jacques Chirac au courant ? Sest-il exprimé devant les parlementaires de droite en leur conseillant loffensive sur ce terrain ? Comment se fait-il que le président de la République se laisse acculer par la montée, soigneusement orchestrée par les socialistes, daffaires dont certaines, comme celle des otages du Liban, sont exhumées dun passé lointain, alors quil dispose, face à M. Jospin, de larme fatale ? Car comment peut-on avoir le front, comme le fait lactuel premier ministre, de se présenter aux suffrages des Français quand on ne leur dit pas la vérité sur labrogation du monopole de la sécurité sociale et quon a, pour défendre des intérêts partisans, massacré sans un remord les entreprises et lemploi ? Il ne faut pas grand chose pour que cette lamentable campagne présidentielle bascule dans le bon sens et propose aux Français le débat quils attendent. Il suffit que la presse accomplisse enfin son devoir. Le moins quon puisse dire est que je ne lui ai pas marchandé les informations. Alors quattend-elle pour les porter à la connaissance du public ? De quoi a-t-elle peur ? Le sort de la démocratie est entre les mains des journalistes, puisque les politiciens ne sen soucient pas. Sils font aussi défaut, quils ne sétonnent pas, le moment venu, de partager leur sort. Claude Reichman
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