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Politique

Et toute une vie de travers…

par Claude Reichman
François Léotard a été nommé, au tour extérieur, inspecteur général des finances. L’intéressé – si l’on ose ainsi s’exprimer – percevra une rémunération de 60 000 francs par mois et bénéficiera d’une retraite de haut fonctionnaire, qui s’ajoutera à sa confortable pension de parlementaire. Il pourra ainsi terminer dans l’aisance financière une carrière où il n’aura rien réussi, si ce n’est de d’avoir été maire de Fréjus, député et ministre, et d’avoir échappé à toute sanction dans les nombreux scandales financiers où il a été impliqué. Ainsi s’achèvera un parcours commencé en 1971 à l’ENA, dont il sortit en rang modeste, ce qu’il sut compenser par une participation à divers cabinets ministériels et une entrée en politique.

Nul mieux que M. Léotard ne peut incarner l’impudence énarchique. N’a-t-il pas su, tout au long de sa carrière, faire étalage de sentiments altruistes et généreux, tout en privilégiant avec âpreté son intérêt personnel ? Mais ne lui en veuillons pas plus qu’aux autres. Il a simplement été l’un des meilleurs dans une discipline qu’ils pratiquent tous. Ce qu’il faut, c’est en tirer la leçon et débarrasser le pays d’une caste malfaisante qui l’a conduit à la triste situation qu’il connaît aujourd’hui.

Loin de nous pourtant l’idée qu’un haut fonctionnaire serait par nature malhonnête ou simplement intéressé. Bien au contraire, pendant des décennies, la fonction publique française fut exemplaire, au point qu’il était unanimement admis qu’elle était la meilleure du monde. Que s’est-il donc passé pour qu’aujourd’hui elle soit mise au banc d’infamie ? Tout simplement elle a pris le pouvoir et se révèle incapable de l’exercer, tout en n’écartant d’elle aucune des tentations auxquelles il permet de céder.

Le mécanisme qui lui a permis de s’emparer des rênes de l’Etat repose pour l’essentiel sur l’emprise anormale que celui-ci exerce sur l’économie, par le jeu combiné de la fiscalité et des passe-droits, et sur la possibilité pour un fonctionnaire de s’engager en politique tout en conservant le droit de revenir quand il le veut dans l’administration, où il aura continué de progresser pendant son absence.

C’est bien pour cela que, parmi les principales mesures de mon programme, figurent une simplification radicale de la fiscalité et l’obligation pour tout fonctionnaire élu de démissionner de l’administration.

On peut réconcilier la France avec son administration en réduisant celle-ci aux dimensions qu’elle a dans les pays comparables au nôtre, c’est-à-dire en la ramenant de 25 % de la population active à 13,2 %, et en lui redonnant la mission de servir l’Etat au lieu de s’en servir. Bien entendu, ce ne sont pas les hauts fonctionnaires qui gouvernent actuellement la France qui accompliront cette réforme. Nous serons contraints de la leur imposer. Mais ils l’accepteront sans difficultés, parce que le peuple l’aura voulue et que la majorité d’entre eux a conscience que rien ne justifie tant d’incroyables privilèges.

L’énarchie triomphante est à la merci d’une simple prise de conscience des électeurs. Il suffit à ceux-ci de décider de ne plus jamais voter à l’élection présidentielle pour un haut fonctionnaire pour que le débat politique soit relancé dans notre pays et qu’accède au pouvoir un homme qui n’aura pas pour tout bagage un diplôme conquis à vingt ans, suivi d’une interminable accumulation d’échecs. " Cinq ans de droit, disait Coluche, et toute une vie de travers ! "

Tout l’art d’un haut fonctionnaire passé en politique consiste à dépenser sans mesure, à créer d’innombrables organismes de contrôle qui ne contrôlent rien mais fournissent de rémunératrices fonctions à d’autres énarques, et à emprunter aux naïfs épargnants français ainsi que sur les marchés financiers étrangers en se flattant d’y jouir d’une notation flatteuse qui ne repose en réalité que sur leur capacité à contraindre leurs compatriotes à payer de plus en plus d’impôts. C’est ainsi qu’on fait le malheur de son pays. Combien nous préférons le conseil – le seul – que donna Antoine Pinay à son successeur à la mairie de Saint-Chamond : " Ne dépensez pas trop " !

Claude Reichman

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