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Politique

Une majorité sans avenir

Claude Reichman

Un peu plus du quart des électeurs a accordé sa confiance à Jacques Chirac le 9 juin dernier. C’est un peu mieux qu’au premier tour de l’élection présidentielle, mais cela ne fait pas une majorité de gouvernement, même si cela fait une majorité parlementaire. Et ce n’est pas avec un aussi maigre viatique qu’on peut affronter avec succès les redoutables épreuves qui attendent le président de la République et son gouvernement. Car il s’agit de libérer la France du carcan collectiviste dans lequel elle est enserrée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La tâche est immense. Il faut que notre pays redevienne une nation de propriétaires et non plus d’assistés. La fiscalité, la protection sociale, l’enseignement, la justice sont à revoir de fond en comble. L’immigration doit être pratiquement interrompue, l’insécurité combattue sans défaillance. Et la désinformation proscrite, afin que de véritables débats démocratiques puissent avoir lieu. " Vaste programme ! ", aurait dit le général de Gaulle qui s’y connaissait en défis. Jacques Chirac et ses affidés sont-ils capables de relever celui-ci ? La réponse est non. Ils n’en ont ni la volonté ni les moyens. Comme toutes celles qui l’ont précédée depuis plus d’un quart de siècle, la nouvelle majorité est dirigée par des hauts fonctionnaires. Ils ne savent que gérer – fort mal – le système, et en aucun cas le réformer. De plus, ils n’ont pas demandé au peuple le mandat de le changer. A quoi s’est bornée la campagne de l’UMP ? A réclamer une majorité pour le président et à promettre une maigre baisse des impôts et plus d’énergie dans le traitement de l’insécurité, sans indiquer comment on en supprimerait les causes.

Il y a quelques règles simples dans la vie politique. Il suffit de s’y référer pour prévoir ce qui va se passer. La première de ces règles est que les élus ne tiennent pas souvent leurs promesses. La seconde est qu’ils ne tiennent jamais celles qu’ils n’ont pas faites. Nul ne peut douter que Jacques Chirac et l’UMP ne modifieront pas les structures collectivistes du pays. Ne bénéficiant ni d’un mandat clair à cet effet ni d’une véritable adhésion populaire, ils sont dès à présent à la merci des menées factieuses que l’extrême gauche s’apprête à mettre en œuvre dans les entreprises publiques et dans la rue, ainsi que du mécontentement généralisé que l’accumulation des problèmes non résolus et des difficultés ne manquera pas de provoquer.

Le système craque de toutes parts

Pessimisme ? Non. Réalisme. Alors que faire ? Les élections de 2002 auront montré les limites du vote protestataire. Comme toujours, celui-ci finit par remettre en selle ceux qu’il voulait chasser du pouvoir. Si l’on veut vraiment installer un autre pouvoir en France, il faut constituer, sur la base de nos idées, une force de gouvernement. Celle-ci devra bénéficier d’un programme réaliste et cohérent et se fonder sur un système d’alliance. On ne parvient pas seul au pouvoir dans un pays marqué par la variété des tendances. L’homme d’Etat se juge à sa capacité de rassemblement. Telle est la tâche à laquelle il faut immédiatement s’atteler.

Placés au centre, Jacques Chirac et l’UMP ont laissé béante la partie droite de l’échiquier politique. Il faut l’occuper. C’est à partir de cette base que s’organisera la reconquête. Celle-ci se fera beaucoup plus vite que certains ne le croient. Nous sommes entrés dans une phase d’accélération de l’histoire. Le système craque de toutes parts et personne ne pourra le réparer. Il faut le changer. La majorité monocolore qui sortira des urnes le 16 juin prochain n’a pas d’avenir. Elle se brisera rapidement sur " les terrifiants pépins de la réalité ". Il n’y a donc pas une seconde à perdre pour constituer en France une droite de conviction et de gouvernement.

Nous y sommes encouragés par les exemples étrangers. Ce que Jose Maria Aznar et Silvio Berlusconi en Europe, Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux Etats-Unis ont réussi, nous devons nous aussi le faire. Pour s’imposer, ils ont commencé par être au clair avec leurs idées. Ayant répudié toute allégeance à la pensée collectiviste, la condamnant avec la dernière fermeté, ils se sont engagés résolument dans la voie des réformes, usant à la fois de fermeté et d’habileté. Et de pédagogie.

Nos compatriotes sentent bien que la France est dans une impasse. Des volées de démagogues leur proposent des solutions plus mirobolantes les unes que les autres et ils votent pour eux à tour de rôle, éliminant les derniers élus pour rappeler les anciens sans que jamais n’apparaisse le début d’une solution aux problèmes du pays.

Il faut sortir de ce cercle infernal. Et en sortir par le haut. En regroupant tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont assez de lucidité et d’amour de leur patrie pour consacrer une part de leur temps et de leur énergie au salut de la France.

Si bas que nous soyons tombés, nous sommes capables de rebondir. Que chacun respire un grand coup, les temps sont venus.

Claude Reichman

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