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| Politique | Il faut quand même parler aux cons ! | Claude Reichman |
| Derrière le conflit des routiers avec leurs
employeurs et celui des agriculteurs contre les grandes surfaces se profile un seul
responsable : lEtat. La presse a beaucoup insisté sur le fait quil
sagit daffrontements entre des acteurs du secteur privé, mais elle na,
comme à son habitude, pas cherché à en dégager les raisons profondes. Or celles-ci
sont fort simples. Les agriculteurs et les entreprises de transport routier ne sen
sortent plus en raison des charges qui pèsent sur eux et de la concurrence que leur font
leurs homologues européens, mieux traités par leurs Etats respectifs. Quant à la grande
distribution, elle est évidemment soumise elle aussi à de lourdes charges et a pour
clients des consommateurs dont le salaire est amputé de prélèvements obligatoires
démesurés et qui ne peuvent même plus améliorer leur revenu en travaillant davantage
en raison de linstitution de la semaine de 35 heures. Il lui faut donc faire une
politique de prix bas et pour cela faire souffrir ses fournisseurs. En fait tout le monde
se bat pour tenter de survivre, tandis que lEtat et ses fonctionnaires se gobergent
aux frais du secteur privé, quils étouffent progressivement. Ce nest donc pas à un banal conflit dintérêt quon assiste en France en ce moment, mais aux premiers affrontements dune guerre civile où les belligérants se trompent dadversaire. On comprend immédiatement que la politique attentiste du gouvernement Raffarin est totalement inappropriée et quelle le conduit à un échec rapide et certain. Il nétait pas difficile de le prévoir, dans la mesure où il ne sest attaqué à aucun des fondements du socialisme que la France subit depuis des décennies. Léconomie ne peut être dissociée de la politique. En acceptant dêtre élu par les socialistes, M. Chirac sest condamné à ne leur faire nulle peine, même légère, ce qui ne lui est dailleurs pas désagréable du tout en raison de sa tendance profonde qui est celle dun homme de gauche. Voilà plus de vingt-cinq ans quil pipe les voix de droite et quil fait systématiquement le jeu du socialisme. Il serait tout de même temps que les Français de droite fassent preuve dun peu de lucidité et se décident à considérer Chirac et son gouvernement pour ce quils sont vraiment. Le pain et les jeux Tant que cette épreuve de vérité naura pas eu lieu dans la conscience des électeurs de la droite parlementaire, celle-ci continuera à les trahir régulièrement. Cest ce quelle en train de faire une fois encore en ce moment, tandis que les indices de popularité de Chirac et Raffarin nont jamais été aussi élevés. " Je ne cause pas aux cons, ça les instruits ", faisait dire Audiard à lun de ses personnages. On aurait bougrement envie dagir de même. Malheureusement, si lon " ne cause pas aux cons ", ils le restent. Et sil est vrai, toujours comme le disait le fameux dialoguiste, quun " con qui marche va plus loin quun intellectuel assis ", il nen demeure pas moins que les cons votent et quils sont même majoritaires dans le pays. Il faut donc leur parler. Ils finiront pas comprendre, nen doutons pas. Dabord parce quils sont moins cons que paresseux intellectuellement et routiniers. Et puis parce quils ne pourront pas rester inertes face à la rapide et grave dégradation de la situation à laquelle on va assister. Les nuages noirs saccumulent sur la France et le drapeau de même couleur flotte sur la marmite. A force dincurie, les gouvernements de la vraie gauche et de la fausse droite ont laissé les problèmes atteindre le stade où ils vont exploser au visage du pays. La France ne tient encore le coup que parce que sa compétitivité extérieure est restée remarquable grâce à lexceptionnelle qualité de nos entreprises, de leurs dirigeants et de leurs personnels. Mais notre compétitivité intérieure est calamiteuse. Il y a déjà quinze ans, Victor Scherrer dénonçait, dans un ouvrage à succès, " La France paresseuse ". La situation na fait que saggraver depuis. Au point quun autre ouvrage à succès, dinspiration inverse et paru récemment, " Lhorreur économique ", est devenu létendard intellectuel et moral de tout ce que la France compte de fainéants et de profiteurs. Car pour que les flemmards vivent bien, il faut quil y ait des cons qui bossent ! Les cons, toujours les cons ! Pour le coup, on est vraiment tenté de leur appliquer cet aphorisme dun autre dialoguiste : " Il y en a qui sont cons, mais eux ils exagèrent ! ". " Quousque tandem " " Jusques à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? " Cicéron défendait les valeurs de la république romaine. Elles finirent par sombrer, vaincues par le pain et les jeux. Les valeurs républicaines de la France sont en train de subir le même sort, brisées par la société dassistance et la télévision. A vingt siècles de distance, lhistoire se répète, tant il est vrai que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Les hommes changent, seule demeure linconscience du peuple et lirresponsabilité de ses dirigeants. Nous vivons les ultimes moments où il est encore temps de réagir. Dans peu dannées, il sera trop tard. Claude Reichman
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