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| Politique | LEtat a perdu toute autorité, le régime seffondre |
par Claude Reichman |
| Du jamais vu ! Le chef détat major des armées
interpellant le président de la République, le premier ministre et le ministre de la
défense devant les caméras de télévision, il fallait se pincer pour y croire. Et
pourtant cest la scène que tous les téléspectateurs français ont pu voir le 4
janvier dernier. Le visage défait du président et des deux ministres en disait long sur
leur effarement. Et pourtant lattitude du général Jean-Pierre Kelche, faisant la
leçon aux autorités civiles en dénonçant les avantages consentis aux gendarmes sans
que les autres militaires en aient aussi bénéficié, navait rien de surprenant. La
tempête gronde dans le pays, et larmée la subit comme le reste de la société.
Tout a commencé avec laffaire de la cagnotte, qui a fait croire aux Français
quil existait un trésor caché qui ne demandait quà être partagé. Puis
sont venues les 35 heures, qui ont donné à chacun lillusion quon pouvait
gagner autant ou même plus en travaillant moins. Alors les revendications ont éclaté en
série. Ayant cédé aux premières, le gouvernement était condamné à satisfaire les
suivantes. Cest ainsi quaprès les personnels hospitaliers, la fronde a gagné
les policiers, puis les gendarmes. Ceux-ci nont pas hésité à enfreindre la loi,
qui leur interdit de manifester. Non seulement ils nont pas été sanctionnés, mais
leurs réclamations ont été satisfaites. LEtat a perdu toute autorité, le régime
seffondre. Cest ce que les médecins libéraux ont à leur tour compris.
Maltraités depuis des décennies, ils se sont révoltés et, en même temps quà la
grève des urgences, ils ont procédé à la hausse unilatérale de leurs tarifs, une
méthode quils avaient jusquà présent toujours craint de mettre en
uvre devant le risque dêtre déconventionnés par la Sécurité sociale. Une formidable purge sannonce Chacun, en France, sait désormais que lEtat est un cadavre que seuls les vers font encore bouger. A sa tête, des personnages au titre ronflant : président de la République, premier ministre, sagitent encore comme sils disposaient de lautorité qui sattachait naguère à leur fonction, mais ils nont plus la moindre prise sur les évènements. Pour avoir voulu tout commander, tout confisquer, lEtat a perdu toute efficacité. Dirigé par des hauts fonctionnaires aussi avides de postes et dargent quincapables de comprendre les aspirations du peuple, il a massacré léconomie du pays, laissé se développer linsécurité, qui maintenant se répand comme une mortelle épidémie, et fait perdre toute considération à la représentation politique, incapable elle aussi dinterrompre cette course à labîme. Impuissance ! Au sommet de lEtat tout nest plus quimpuissance ! Comment ne pas voir quune formidable purge sannonce ! Aura-t-elle lieu avant les élections ou après ? Quimporte. Elle est désormais inévitable. Si M. Chirac ou M. Jospin se retrouvent à lElysée en mai prochain, on sait que nayant pas didées ni de solutions pour traiter le mal français, celui-ci éclatera aussitôt après en désobéissances ou en émeutes. Le système politique aura démontré son incapacité à se réformer et les Français nauront plus quune idée en tête : sen débarrasser. Ils le feront de la manière traditionnelle dans notre pays : sans ménagement. Et Dieu sait ce qui peut alors se passer ! Notre histoire est assez emplie de révolutions tragiques pour quon ait tout à craindre de celle qui se profile à lhorizon. Cest bien pour cela quil faut tout mettre en uvre pour que lélection présidentielle apporte les changements dont la France a besoin. Il ne sagit pas dun enjeu de pouvoir, mais de survie. Si ceux qui, jusquà présent, ont gouverné le pays ne le comprennent pas, cest au peuple quil appartient de leur ôter les rênes. Pour les confier à de plus aptes queux, et qui le représenteront bien. Parce quils en sont issus. Claude Reichman
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