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| Politique | Raffarin gouverne " cul serré " |
Claude Reichman |
| Nombre de citoyens attentifs à la chose
publique ont pu faire le constat que les délinquants de banlieue qui mettent le feu aux
voitures ne sont pas interpellés, tandis que la police traque les automobilistes
paisibles sils sont mal garés ou quils ont un peu dépassé la vitesse
autorisée. La première explication qui vient à lesprit est quil est moins
risqué de sen prendre aux braves gens quaux violents qui agissent en bande.
De même, on peut voir dans les autobus parisiens des contrôleurs de la RATP débarquer
à quatre ou cinq en milieu daprès-midi, dans les beaux quartiers de la capitale,
pour vérifier, dun air martial, les tickets de quatre mamies et de trois papys
toujours en règle, tandis que le soir, en banlieue, les chauffeurs de bus et leurs
passagers sont laissés seuls à la merci des voyous. A lépoque où les billets
étaient contrôlés dans les gares de chemin de fer, javais pu constater, me
rendant régulièrement en province par le train de nuit, quil ny avait à
larrivée, à sept heures du matin, face à la foule des passagers, quun seul
agent de la SNCF pour prendre possession des précieux rectangles de carton, alors
quà trois heures de laprès-midi, quand arrivait lomnibus local, ils
étaient sept pour contrôler cinq voyageurs. Que ladministration soit avant tout au service delle-même et fasse passer son confort et ses avantages avant le service du public, quand elle ne loublie pas tout simplement, nul en France ne peut, et depuis longtemps, en douter. Mais on aurait tort de sen tenir à cet aspect des choses qui navait échappé ni à Courteline ni aux chansonniers de Montmartre, ce qui signifie bien sûr quil nest pas nouveau. En revanche la concomitance des incendies de voitures impunis et de la répression des automobilistes mérite dêtre analysée plus attentivement. Dans les deux cas, les victimes sont les mêmes. Il sagit dhonnêtes citoyens qui utilisent leur voiture pour leur travail et leurs loisirs et qui sont évidemment très attachés à la liberté que leur procure leur véhicule. Or cest précisément cette liberté qui leur est contestée par les voyous et les forces de police, associés dans la même mission. Les policiers nagissent évidemment pas de leur propre chef. Ils ont des ordres. Leur hiérarchie les reçoit des dirigeants politiques. Et ceux-ci ont un seul et unique ennemi : le citoyen. Cest lui en effet qui leur donne, par son bulletin de vote, le pouvoir, et qui, par le même moyen ou par lémeute, peut le leur retirer. Il convient donc de lui en ôter toute envie en lui faisant sentir à chaque instant la férule des autorités. La valise ou le cachot La France nest plus, depuis des décennies, un pays de liberté. Les citoyens, brisés par limpôt et démoralisés par la société dassistance dans laquelle les politiciens les font vivre, nont plus que leur voiture pour se sentir un peu indépendants. On va les en priver pour les mater définitivement. Cest dailleurs toute lambition dun parti politique comme celui des Verts. A Paris, ils ont rendu possible lélection de M. Delanoë, qui leur a concédé, en échange, la haute main sur la circulation. Ils se sont empressés de la rendre beaucoup plus difficile, alors même quelle saméliorait lentement mais régulièrement, et ils ne sarrêteront que quand elle sera devenue impossible et que ne circuleront plus dans la capitale que les véhicules officiels des édiles et des gouvernants - ces cochons " plus égaux que les autres ", tels que les dépeignait Orwell dans "La ferme des animaux " -, tandis que les habitants nauront à leur disposition que des transports en commun où ils se feront agresser et poignarder. Et pourtant ce nest pas un automobiliste en colère qui a planté son couteau dans le ventre de M. Delanoë, mais un musulman qui se sentait agressé par lhomosexualité affichée du maire de Paris ! Ce mélange datteintes permanentes à la liberté et de sordide est bien la caractéristique du régime que subit la France. Et dont elle doit se débarrasser au plus vite si elle veut éviter de plonger dans une régression qui pourrait bien être définitive, tant les maux qui laccablent sont de nature à abattre nimporte quelle civilisation. Politicien professionnel depuis son plus jeune âge, mais bénéficiant dattaches provinciales qui lui font connaître un monde moins frelaté que celui, totalement dépravé et pervers, des cercles parisiens du pouvoir, M. Raffarin sait dinstinct quil a été mis à la tête de ce qui risque fort dêtre le dernier gouvernement de la Vème République. Cest la raison pour laquelle il gouverne " cul serré ", pour reprendre une expression de lineffable Jack Lang. Sa hantise est quune mesure un peu énergique, voire provocatrice pour les médias de gauche et les syndicats de fonctionnaires qui sont les véritables maîtres du pays, ne vienne soudain à jeter dans la rue la horde de nos serviteurs qui sont devenus nos tyrans. Disons le franchement : si nous ne nous décidons pas à aller nous-mêmes dans la rue, nous naurons plus le choix quentre la valise et le cachot. Claude Reichman
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