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| Politique | Il faut à la droite une équipe de salut public |
par Claude Reichman |
| Le ressurgissement de Didier Schuller ne doit rien au
hasard. Les socialistes avaient un besoin impérieux de ranimer " les
affaires " pour éviter davoir à sexpliquer sur lexplosion de
linsécurité et la progression du chômage. On peut dès lors craindre que les
quelques semaines qui restent avant lélection présidentielle ne soient tout
entières occupées par un déballage nauséabond plutôt que par un débat politique
digne de la France. Signe supplémentaire de ce dévoiement de la démocratie, Jacques
Chirac est empêché de déclarer sa candidature au début du mois de mars en raison de la
publication, annoncée à cette date, dun livre du juge Halphen, évidemment
consacré aux affaires où sont visés le président de la République et bon nombre de
ses amis et promis à une exceptionnelle médiatisation. Nul, à moins dêtre un
incorrigible naïf, ne peut voir dans ces tirs croisés autre chose que la volonté
délibérée dassurer la défaite de Jacques Chirac et la totale mainmise sur le
pouvoir des socialistes et de leurs alliés. La droite parlementaire et Jacques Chirac sont en train de payer au prix fort leur complète absence de renouvellement. Il est clair que si, au lieu de mettre en avant de vieux acteurs fourbus, dont le maquillage ne parvient plus à dissimuler les rides, ils alignaient des hommes neufs et des idées nouvelles, sur qui les " affaires " du passé nauraient pas de prise, les socialistes ne pourraient échapper ni à lexamen de leur bilan ni à celui de leur programme. Et lun et lautre seraient accablants. Ce nest pourtant pas le temps qui a manqué à lopposition pour se préparer. Les cinq années de cohabitation que nous venons de vivre auraient dû être mises à profit pour comprendre que le monde avait changé et que lincroyable archaïsme de la gauche française devait être combattu avec une vigueur extrême. Au lieu de cela, Jacques Chirac a joué les potiches sans jamais donner limpression de souffrir de ce rôle dérisoire, nutilisant pas même son " ministère de la parole " pour fustiger les dérives de son lamentable gouvernement, comme M. Mitterrand avait si habilement su le faire quand il fut lui aussi contraint de cohabiter. Quant à la droite parlementaire, on ne la pas entendue, fort occupée quelle était à préparer les défaites de Paris et de Lyon et à se disputer la place de premier ministre dun gouvernement qui risque fort de ne jamais voir le jour. Chirac est " chabanisé " Alors que faire ? Jai écrit la semaine dernière que Jacques Chirac devrait renoncer à se présenter et je le maintiens. Cest la meilleure chance de provoquer un sursaut à droite. Sil persiste néanmoins, il doit radicalement changer de pied, lancer un appel à la société civile et adopter un programme de rupture avec la social-démocratie fortement teintée de marxisme et de trotskisme qui enfonce la France dans la récession et la conduit vers la guerre civile. Il doit mettre à lécart tous ses barons chenus et gâteux, ainsi que ses petits technocrates poudrés et châtrés, et engager un dialogue intense, presque fiévreux, avec toutes les forces qui nen peuvent plus de lEtat impotent et tyrannique qui affaiblit notre pays en tuant linitiative et la responsabilité. Jacques Chirac est-il assez jeune pour un tel sursaut ? La cohabitation a transformé lElysée en mouroir politique et son hôte est presque grabataire. Mais après tout, il y a parfois des miracles. Bien que je ny croie guère, je ne renonce pas à en espérer un. Après tout, cest bien le sens de ma candidature : proposer au pays une vraie rupture avec un passé délétère et lui ouvrir les voies de lespoir. Au moment où tout se délite dans le pays et où la droite touche le fond, il ne reste plus à celle-ci dautre possibilité que de sen remettre à une équipe de salut public. Tous les jours, dans le monde de lentreprise, de tels passages de relais sopèrent et réussissent. Pourquoi faudrait-il que la politique française soit définitivement fermée à tout renouvellement ? Nous savons que cest seulement sous lempire de la nécessité quon peut bousculer les conformismes et la routine et vaincre " la tyrannie du statu quo ". La nécessité est là, brûlante et angoissante. Dans de telles circonstances, seuls comptent les caractères. Nous allons vivre des jours où lon pourra les vérifier. Claude Reichman
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