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| Politique | Supermenteur : ils sont deux ! |
Claude Reichman |
| Quelle injustice ! Seul Chirac a droit au titre de
Supermenteur. Son guignol fait fureur et le rend populaire jusquaux fins fonds des
banlieues où ça craint. Il paraît, daprès un sondage, que cela naura pas
deffet sur le résultat de lélection. Erreur, profonde erreur. En 1995, sa
marionnette de bon type trahi lui avait valu les faveurs dune jeunesse prompte à
sattendrir. Alors quand Jospin le voit parader aux lucarnes dans son costume moulant
et avec son masque, il se dit quil ny a pas de justice. Et il a raison. Vous
en voulez la preuve ? La voici. Nous avons révélé, textes officiels à lappui, quil ny a plus de monopole de la Sécurité sociale. Et chacun peut lire au Journal officiel les lois qui le prouvent. La dernière en date est une ordonnance du 19 avril 2001. Elle édicte un nouveau code de la mutualité et abroge lancien. Elle est signée de Lionel Jospin et se trouve précédée dun " rapport au président de la République ". Selon des informations concordantes et que nous avons soigneusement vérifiées, celui-ci se nomme Jacques Chirac. Aucun doute, nos deux cohabitants sont dans le coup. Or voilà quà loccasion de la campagne présidentielle, ils sont interrogés par les gazettes sur leurs idées et leurs projets. Si, si, ils en ont ! Vous allez voir. Le Quotidien du Médecin du 26 mars 2002 pose à Jacques Chirac la question suivante : " Rejetez-vous lidée dune mise en concurrence de lassurance-maladie, cest-à-dire la possibilité pour les assurés sociaux de choisir lopérateur de leur choix en matière de couverture maladie (caisse maladie, mutuelle, assurance privée) ? " Et voici la réponse de Supermenteur : " La santé nest pas une marchandise et les professionnels de santé ne sont pas des prestataires de service. Je suis contre tout système qui introduirait une rupture avec les principe de solidarité nationale, et donc hostile aux sécurités sociales privées. " Ah bon ? Mais alors pourquoi a-t-il promulgué sans protester lordonnance du 19 avril 2001 ? En juillet 1986, Mitterrand avait mis son veto aux ordonnances du gouvernement Chirac, et celui-ci sétait interrogé sur la poursuite de la cohabitation, avant de sincliner au motif que, selon un dicton inventé pour les besoins de la cause, " le premier qui tire est mort ". Ce qui, depuis lors, nous a valu au total neuf années de cohabitation. Insupportable suspense Le lendemain, 27 mars 2002, le quotidien médical interroge Jospin : " En vous déclarant candidat à la présidence de la République, vous avez rangé lavenir de la Sécurité sociale parmi les enjeux majeurs de la société française et dénoncé " les menaces que font peser certains " sur linstitution. Où se trouve, selon vous, le danger ? " Et Lionel Jospin de répondre : " Effectivement, lavenir de la Sécurité sociale est un enjeu majeur, car elle est au cur du pacte social de notre pays. La Sécurité sociale est le socle de la solidarité nationale et je veux la préserver et la conforter. Depuis longtemps, des menaces pèsent sur elle. Certains voudraient la vider de sa substance pour la privatiser. Le programme du Medef a, au moins, le mérite de la franchise. En mettant en concurrence les caisses de sécurité sociale, les mutuelles et les assurances privées comme financeurs et opérateurs du système de santé, il sagit, dans un premier temps, de disloquer lorganisation sociale actuelle pour privatiser, dans un deuxième temps, le système de protection sociale. A droite, certains responsables politiques sont sensibles à ces sirènes de privatisation de notre système de santé. Cette tentation doit être dénoncée vigoureusement, car elle ouvre la voie à la sélection des risques et des malades et tourne le dos à la philosophie de la solidarité que porte notre Sécurité sociale. Il va de soi que les professionnels de santé nauraient rien à y gagner, bien au contraire. " Oh ! le gros, ladmirable menteur ! Il a pris un texte qui institue précisément cette concurrence et il a lincroyable culot de la dénoncer ! Oui, décidément, il y a scandale à réserver le titre de Supermenteur à Chirac. Jospin y a droit au moins autant. Amis lecteurs, seriez-vous daccord pour quensemble nous adressions une pétition aux Guignols de linfo afin quun costume moulant et un masque identiques à ceux de Chirac soit affectés à Jospin ? Quel bonheur ce serait, pour nous, de voir ces deux personnages que nous aimons et respectons tant traverser lespace de concert et prodiguer leurs conseils dexperts à de moins bons menteurs queux ! Le penchant français pour lunanimisme trouverait assurément à sy satisfaire et la réconciliation nationale ferait un progrès décisif. Mais ne rêvons pas : les vieux clivages et le goût de la division ont la vie dure. Il ne peut y avoir quun seul Supermenteur. Qui va finalement gagner le titre ? Jospin ? Chirac ? Le suspense est insupportable. Allons, cessez de vous ronger les sangs. Nest-ce pas merveilleux davoir deux types capables lun et lautre de lemporter. Cest une vraie richesse, une chance, un don du ciel. Pour tout dire, un bonheur français ! Claude Reichman
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