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| Politique | Voici venu le temps des orages | Claude Reichman |
| Vingt-deux morts dans le Midi à la suite des
inondations provoquées par le déluge qui sest abattu sur la région.
Fatalité ? Non, bien sûr. On a laissé construire des habitations dans des zones
inondables, on a bétonné et goudronné à tort et à travers, on a arasé les haies et
les talus, on na pas vérifié la solidité des barrages censés protéger les
agglomérations, bref on a fait tout ce quil fallait pour que la survenue de pluies
torrentielles, événement peu fréquent mais pas si rare, tourne au désastre. De telles
catastrophes, ayant fait heureusement moins de victimes, sont à maintes reprises
arrivées en France au cours des récentes années dans diverses régions. Partout on a
retrouvé des causes identiques. Qua-t-on fait pour les prévenir ? Rien. Une fois
prodiguées les paroles de réconfort pour les sinistrés et décrété létat de
catastrophe naturelle, les responsables ont oublié dagir, comme si leur devoir ne
consistait quà délivrer un peu de compassion et daide matérielle. Mais
lintervention des assureurs ne remplace ni les vies perdues ni la valeur affective
des biens détruits, pas plus quelle nefface des mémoires le traumatisme
provoqué par le sinistre. Et ce que lon attend de ceux qui ont revendiqué de leurs
concitoyens lhonneur de les représenter - et les nombreux avantages qui
sattachent à ces fonctions -, cest de faire preuve de prévoyance et de
sérieux. Le moins quon puisse dire est quils ne méritent pas den être
crédités. Les autorités locales sont sans doute moins à blâmer que lEtat. Elles délivrent certes les permis de construire depuis les lois de décentralisation, mais rien ne peut se faire vraiment sans que les services départementaux de lEtat ne soient informés et éventuellement sollicités. Et cet Etat si prompt à traquer lhonnête citoyen ne trouve même pas le moyen de le protéger contre des périls qui nont, répétons-le, rien dimprévisible. Il gaspille sans lombre dun repentir les vies humaines et largent du contribuable, attente au désir profond dune majorité de Français de travailler, consommer et épargner en les accablant de taxes, de charges et de réglementations, impose à tous sa lourdeur, son coût exorbitant et son inhumanité. Il gâche la vie des citoyens de notre pays, quand il ne la leur fait pas perdre. Quand sinstalle le mépris Avez-vous vu pour autant les hommes de lEtat faire repentance ? Non. La repentance, cest bon pour un passé déjà ancien, ou dont les témoins ont pour la plupart disparu. Cela évite davoir à leur rendre des comptes. Pour les vivants et les morts récents, cest larrogance, lindifférence, la cruauté de labandon. Quel sentiment peut-on éprouver pour de tels comportements sinon le mépris ? Le mépris du peuple envers les gouvernants est le plus grand danger qui les guette. Cest lui qui fait tomber les régimes, bien plus que les désaccords politiques ou les conflits dintérêts. Il est devenu, en France, au fil des années et des scandales, le sentiment dominant envers les politiciens. Quel est celui dentre eux, dailleurs, qui, recalé par le suffrage universel, a repris son ancien métier ? Presque tous tentent - avec succès, car on nest pas chien les uns envers les autres dans la confrérie - de se recaser dans des fonctions rémunérées par largent du contribuable, bien plus facile à obtenir quand on a les appuis adéquats que celui déventuels clients, toujours plus regardants sur le service rendu. Combien de temps cela durera-t-il encore ? Jusquà quand lEtat et ses politiciens abuseront-ils de notre patience ? A cette grave question, beaucoup répondent, désabusés, que les Français sont des veaux et quils ne réagiront pas. Il est difficile de leur donner tort sur le constat. Mais on peut ne pas les suivre dans la prévision. Pour quun peuple se révolte, il faut une conjonction de facteurs, exactement comme pour que survienne un accident. Quand tous ceux-ci ne sont pas réunis, il ne se passe rien et lon se dit que cela continuera toujours ainsi, même si lon continue de se conduire imprudemment. Personne noserait prétendre quil ne se produit jamais daccident dans la vie. Or beaucoup de gens sensés et intelligents affirment que rien, en France, ne bougera dans la politique. Comme si la vie et la politique étaient deux choses distinctes. Certes, si lon suivait le vu des politiciens, tel serait le cas. Ils sont déjà si éloignés des préoccupations quotidiennes de leurs électeurs quil ne faudrait pas les forcer beaucoup pour les faire chasser complètement ces derniers de leur vue, comme ce personnage de film qui croyait pouvoir faire disparaître un groupe dagresseurs dune seule pression sur sa télécommande. Il se trouve que ce personnage vivait depuis longtemps hors du monde, quil ne connaissait que par sa télévision, exactement comme nos gouvernants qui ne savent de la vie des Français que ce quils en voient sur le petit écran. Dans une situation instable, comme lest celle de la société française, les risques daccident politique sont plus quimportants. De lourds nuages saccumulent à lhorizon. Orages ? Vous avez dit orages ? Claude Reichman
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