Quel que soit le résultat des élections législatives, le
problème de la représentation politique de notre pays restera posé. Si divisée
quelle soit, la gauche a une idéologie commune, fondée sur la détestation de
lentreprise, du profit et de linitiative individuelle. Ces conceptions sont
partagées par un nombre important de citoyens, mais qui restent largement minoritaires.
Sil arrive à la gauche dexercer le pouvoir, cest par défaillance de la
droite, et donc par défaut. Majoritaire, la droite est elle aussi très divisée.
Jusquà 1981, elle était cependant parvenue à conserver le pouvoir parce
quelle navait pas rompu son pacte fondamental avec les Français de cette
opinion. Un pacte fondé pour lessentiel sur un respect minimal du droit de
propriété. Ce pacte avait été rompu en fait par laccession de M. Giscard
dEstaing à la présidence de la République qui se traduisit par une hausse sans
précédent des prélèvements obligatoires, bien au-delà du seuil où, selon
lintéressé lui-même, on passe au socialisme. Cette folle concession à la
doctrine adverse coûta le pouvoir à la droite. Elle ne sest jamais relevée de son
échec. La raison de cette catastrophe est fort simple. Les partis de la droite
parlementaire sont passés sous la coupe de hauts fonctionnaires dont la dépense publique
est la raison dêtre. Or qui dit dépense publique dit impôts et charges,
cest-à-dire confiscation du bien privé au profit de la collectivité.
Laccession à la propriété est devenu quasi impossible pour la classe moyenne, et
même la simple conservation de son bien. De même linsécurité a pu se développer
parce que les malfaiteurs nont pas trouvé en face deux une classe de
propriétaires résolus à défendre ce qui leur appartient.Jacques Chirac a pris la
succession de Giscard à la tête de la droite après la défaite de celui-ci en 1981. Il
nest jamais parvenu à remettre le pays sur la bonne voie, en dépit du fait
quil a, directement ou indirectement exercé le pouvoir pendant six des vingt-deux
dernières années. La droite la sanctionné en ne lui accordant quun peu
moins de 20 % de ses suffrages au premier tour de la dernière élection présidentielle.
Le mal est identifié et les remèdes connus
Tandis que la droite modérée était trahie par son chef, dont chacun sait
aujourdhui quil nest quun opportuniste socialisant, se
développait une droite plus radicale sous la houlette de Jean-Marie Le Pen. Sans les
outrances de son chef, elle aurait sans nul doute conquis la prééminence à droite et
par voie de conséquence le pouvoir. Grand tribun, mais piètre stratège, Le Pen était
condamné à une opposition perpétuelle, faisant mordre la poussière à la droite en
1997 et à la gauche en 2002. Peut-être ses candidats feront-ils à nouveau basculer le
pouvoir aux élections législatives, portés par des électeurs outrés davoir
été traités de " fascistes " et méprisés par tout ce que le pays
compte de voix officielles, alors quils ne faisaient que crier leur désarroi ou
leur colère devant la montée de linsécurité, des impôts et des tracasseries
administratives.
Et après ? Crise de régime, disent certains. Ils ont probablement raison. Mais
après la crise, il faudra bien que la France se donne un nouveau régime. Et sur quoi
pourra-t-il être fondé sinon sur une alternance au pouvoir des deux grandes tendances de
lopinion que sont, depuis plus de deux siècles, la droite et la gauche ?
De quelque côté quon examine le problème, on retombe sur la nécessité
dune refondation de la droite. Ce nest évidemment pas Jacques Chirac ni ses
épigones qui seront capables dy parvenir. Ils nen ont ni la culture, ni la
volonté. Ils trouveront plus sûrement leur place dans un grand parti de gauche rénové
et dirigé par des réformateurs ayant répudié toute filiation marxiste. Ce rôle
essentiel à la bonne santé politique de la France ne peut échoir quaux libéraux
conservateurs, qui ont le droit de se réclamer notamment des succès obtenus par Margaret
Thatcher et Ronald Reagan, et, plus récemment, par Jose-Maria Aznar. Ayant su unir leur
camp et portés par lopinion publique, ces grands dirigeants ont réussi
dimportantes réformes sans que sinstalle le désordre dans leur pays et en
faisant face à toutes leurs obligations internationales. Ils sont lexemple que nous
devons suivre.
Quand se sera apaisé le tumulte électoral, nous prendrons à cet égard les
initiatives nécessaires. La France connaît en ce moment une crise hystérique qui la
rend inapte à comprendre le mal dont elle souffre. Mais celui-ci est bien identifié et
les remèdes sont connus. Dailleurs beaucoup de citoyens ont leur idée sur la
question, et elle est souvent la bonne. Il suffit de lire le courrier des lecteurs de la
plupart des journaux pour sen persuader. Ce quattendent les Français de
droite, cest une représentation politique digne deux, cest-à-dire
partageant sincèrement leur opinion et dotée dassez de solidité intellectuelle et
morale pour nen pas dévier dans la difficulté. Il est inimaginable que la France,
terre dhistoire et de civilisation, nait pas en elle les ressources humaines
propres à la doter de dirigeants politiques de valeur. Demain, lon frappera les
trois coups et le rideau se lèvera. Sur une renaissance.
Claude Reichman