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| Société | La France nest plus un Etat de droit | par Claude Reichman |
| La justice française est profondément malade. Nul ne
peut le nier. Manque de moyens ? Sans aucun doute. Mais surtout manque de principes.
Premier principe régulièrement transgressé : légalité devant la loi. Quand
un simple citoyen sattaque à lEtat et quun enjeu de pouvoir est en
cause, il na pas la moindre chance dobtenir un jugement favorable. Il y a sans
doute des juges courageux, mais ils ne peuvent pousser le courage jusquà donner
tort à leur employeur. Le mal vient donc de ce que les juges sont fonctionnaires.
Sils étaient élus, ils seraient indépendants de lEtat. Leur mode de
recrutement ne fait quajouter à cette dépendance. Pour lessentiel ils sont
issus de lEcole nationale de la magistrature. Qui, avec lEcole nationale des
impôts et, bien sûr, lEcole nationale dadministration, forment
lossature de lappareil dEtat. LEtat est servi par des hommes et
des femmes qui ne connaissent ni la vie ni le risque. Cest à cause de cela que
lEtat est devenu, en France, lennemi du citoyen. Deuxième principe transgressé par la justice française : le strict respect des formes. Que de fautes de procédures validées au motif quelles nauraient pas eu dinfluence sur le résultat des investigations ! Cest ainsi quon a pu voir, dans laffaire des paillotes en Corse, un juge dinstruction mener lenquête alors quil navait pas qualité pour le faire et cette illégalité validée par les instances dappel et de cassation ! Cest également ainsi que certains juges ninstruisent quà charge, négligeant denquêter sur les éléments qui pourraient disculper la personne mise en examen, qui, pendant ce temps, peut croupir en prison ou, au meilleur des cas, se ronger les sangs en ne sachant ni quand ni comment son drame se terminera. Troisième principe transgressé par la justice française : la recherche des véritables responsabilités. Dans laffaire du sang contaminé, on a jugé les ministres concernés - et on les acquittés ou dispensés de peine - avant que ne se déroule le procès de ceux qui étaient les acteurs principaux de ce crime dEtat, à savoir les membres des cabinets ministériels et les directeurs dadministration. Leur procès na toujours pas eu lieu ! Dans laffaire Dumas, on a jugé lancien président du Conseil constitutionnel - et on va le rejuger prochainement en appel - pour une paire de bottines et quelques statuettes alors quavant même la fin du procès devant le tribunal correctionnel larrestation de M. Sirven permettait à la justice dinstruire enfin les circonstances et les motifs du versement à Mme Deviers-Joncour dune commission de 60 millions de francs, qui est évidemment la clé de toute cette affaire. Nhésitons pas à le dire : dans ces circonstances, la justice française sest disqualifiée. Il peut y avoir une bavure judiciaire sans que toute linstitution soit mise en cause. Mais une telle série de dysfonctionnements et derreurs graves - auxquelles on pourrait en ajouter beaucoup dautres, en commençant par les innombrables arrêts non motivés du Conseil dEtat et en continuant pas les arrêts de la Cour de cassation refusant dappliquer les jurisprudences communautaires, alors quelle y est tenue par les engagements européens de la France - pose un problème dune extrême gravité. La France se flatte dêtre un Etat de droit. Elle ne lest plus. Il va falloir durgence doter la justice de moyens supplémentaires. Mais il ne
suffiront pas à la sauver. Pour regagner la considération du pays, elle va devoir se
réformer profondément. On ne peut prétendre juger les autres sans expérience de la
vie. Cest donc de lécole de la vie, et non de lécole de la
magistrature, que doivent être issus les juges. Seuls des hommes et des femmes ayant une
expérience professionnelle ou associative doivent pouvoir, par la voie de
lélection, accéder à ces fonctions. Et ce sera justice. par Claude Reichman
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